Dernière nouvelle : « Quand ça veut pas… ! » 1ère partie
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Introduction
Actuellement on estime à près de 8500 le nombre d’astéroïdes géocroiseurs de plusieurs centaines de mètres de long. Ce sont des lunes potentielles pour notre planète. Des lunes ? Oui des lunes ! Des objets naturels qui tournent inlassablement autour de la Terre comme notre bonne vieille Lune. Des satellites naturels comme ceux là, il en existe aussi de plus petits, d’une taille de quelques mètres seulement mais beaucoup plus nombreux, des millions en fait. Le problème c’est qu’ils sont indétectables depuis la Terre avec les technologies actuellement disponibles.

Quand ça veut pas !
1500 kilomètres d’altitude… l’espace.
Cette distance pourtant relativement grande n’est en fait qu’une orbite basse pour les satellites.
Autour de la Terre depuis 3 semaines, le « Grappler », une navette minière de la « Mineral Society »,société de ramassage de roches orbitales, flottait mollement dans le vide spatial.

Timidement, un détecteur de la navette se mit à cliqueter. Une lumière rouge s’alluma, transformant l’ambiance lumineuse des 4 modules de la navette en chambre noire de photographe.
Les concepteurs de ce système de surveillance l’avaient surnommé HAL, en souvenir d’un vieux film d’anticipation. Oh bien sûr ce HAL là n’était pas plus intelligent qu’une calculatrice d’étudiant. Il ne faisait que lire des fichiers audio contenant des mots ou des phrases courtes. Des fichiers dont on avait programmé la lecture en réponse à certains stimuli extérieurs : température, pression, bruits ou résultats de calculs.

Donc non, HAL n’était pas intelligent, une compétence absolument hors d’atteinte des ingénieurs humains encore à l’heure actuelle. Cela dit, même si cet amas de composants électroniques avait été construit aujourd’hui 27 mars 2024, il ne penserait pas plus. Et aucun éclair, ni aucune araignée radioactive ne lui auraient donnés la moindre étincelle de vie. Les romans de science-fiction était bien loin quand il s’agissait de rentabilité. Cependant il faisait tout de même partie des derniers nés de sa génération dotés d’une batterie de processeurs dernier cri, de deux téraoctets de mémoire vive (1) et de trois disques durs non moins énormes. Du coup, HAL calculait très, très vite sur des équations très, très complexes mais est et resterait un très, très mauvais compagnon de voyage.

Pour le moment HAL était programmé pour un job : enclencher le réveil d’urgence des humains présents dans la salle de repos.
Dans cette salle, une seule des cabines verticales était occupée. Le capitaine Franck « Silver » Mortimer, un quinquagénaire aux cheveux blancs, courts et frisés, y ronflait bruyamment. Quand la cabine de Silver s’ouvrirait, surnom qu’on lui donna quand vinrent ses premiers cheveux blancs, « Putain de caillasses volantes » seraient les premiers mots qui sortiraient de sa bouche :
– Putain de caillasses volantes ! dit donc le capitaine en ouvrant les yeux. On peut pas pioncer tranquille alors ?
– Bonjour mon capitaine ! dit HAL dynamique.
– Pffffff, ils auraient quand même pu caler une voix de gonzesse, ça aurait été plus sympa au réveil, dit Silver en soufflant.
– Bonjour mon capitaine !, dit HAL sur le même ton dynamique.
– Et il va passer son fichier en boucle jusqu’à ce que je dise la phrase reconnue par le programme… putain c’est lourd.

– Bonjour mon capitaine !, répète HAL sans relever le reproche dont il venait d’être la victime.
– Et pas moyen de savoir ce qu’il me veut tant que j’aurai pas dit la phrase magique… une sacrée bande de bras cassés ces ingénieurs au service de l’Intelligence Artificielle. Oui HAL, je suis debout ! finit par lâcher le pilote. « Tu as bien fait ton travail », compléta-t-il entre ses dents.
– Bonjour mon capitaine !, répéta HAL une fois de plus, comme s’il n’avait pas entendu la réponse.
– Qu’est-ce qu’il lui prend à celui-là… pourquoi il m’emmerde ? Ah… OK ! je me suis encore gouré. dit le capitaine en affaissant les épaules. Je retiens pas ce truc c’est dingue. Oui HAL, je suis… bien réveillé, articula-t-il. Ça va c’est bon, tu passes à autre chose ?
– Heureux de l’apprendre mon capitaine, enchaîna la machine.
– Tu ne sais pas ce que veut dire “être heureux”, maugréa le capitaine.
Mais le programme poursuivit, imperturbable :
– Un événement… imprévu… m’oblige à vous sortir… de votre… sommeil, commença le système vocal automatisé. D’après mes calculs… la… trajectoire… d’un… géocroiseur… coupera… notre… trajectoire… dans… 15…minutes… Êtes-vous opérationnel ?
– Non non, je me suis recouché, ironisa Silver. Puis après quelques secondes, il enchaîna d’un ton militaire en clamant : Opérationnel… chef !.
– Quand je pense au temps qu’on perd avec ces conneries de simili langage humain. dit-il en s’habillant. Alors qu’il aurait suffit qu’il me réveille en hurlant : Alerte collision ! OK je lui aurais pété la tête pour m’avoir réveillé en sursaut, mais au moins j’aurais eu le message. Seulement voilà, les actionnaires ont adoré que HAL s’exprime comme nous. Du coup, les ingénieurs ont bossé sur un truc pas utile au lieu de développer ZE programme : Comment esquiver des cailloux de 3m de diamètres perdus dans l’espace.

Tandis qu’il finissait de se vêtir, un bruit lointain lui fit tourner la tête :
– Eh Jam, qu’est-ce que tu fous ? cria le capitaine.
Après quelques secondes, la tête rasée du second pilote passa l’encadrement de la porte :
– Désolé, mon capitaine. J’étais dans le module quatre pour un test électrique, s’empressa de répondre le jeune lieutenant James Willburn, second pilote du Grappler.
– Tu sais d’où vient l’alerte ? demanda Silver.
– Non mon capitaine. répondit James du haut de son mètre quatre vingt-dix. Je suis passé voir ce que vous désiriez avant d’aller dans la cabine de pilotage.

Passant la main dans ses cheveux blancs, Silver emboîta le pas du jeune homme. Une fois dans le cockpit, suivi de près par le capitaine, le second pilote fut intrigué par une information.
HAL avait précisé à Silver lors de son réveil qu’un géocroiseur couperait leur trajectoire dans 15 minutes. Sachant que le capitaine avait pris 2 minutes pour sortir de sa cabine et environ 30 secondes pour arriver ici avec lui, le compteur aurait dû afficher 12 minutes au minimum. Or là, il n’en affichait que… 7 !
– « Mon capitaine avez-vous vu le compteur ? » demanda James.
– Et alors ? répondit Silver irrité. Puis après quelques secondes de flottement, Hey mais… qu’est-ce qu’il débloque encore ce con de HAL ? Comment ça 7 minutes ?
– Jam, prend les commandes, dit-il rapidement en coupant HAL. On se tire de là !

James s’assit prestement dans son fauteuil, réglé pour laisser de la place à ses jambes immenses. Il entama immédiatement la procédure de déviation de trajectoire, une « esquive » comme l’appelait les mineurs. Pendant ce temps-là, Silver vérifiait les instruments à l’aide de l’écran tactile souple cousu sur sa manche.
Un glissement de doigt à droite, un vers le haut, il avait maintenant devant les yeux la liste des instruments de bords et leurs statuts, et ce qu’il vit le fit s’écrier :
– Jam c’est quoi ce bordel ? Pourquoi on tourne sur les générateurs de secours ?
– Comment ça mon capitaine ? J’ai fait un simple test électrique il y a 10 minutes et tout s’est bien passé. D’ailleurs, si c’était le cas, nous n’aurions plus de communications non plus, répondit le second, surpris par l’affirmation du capitaine.
– Eh ben justement… on a plus de communication !, s’écria-t-il.

Le capitaine Mortimer s’activa à nouveau sur la tablette, validant des options, scrutant les diverses informations qui défilaient sous ses yeux. Ses doigts volaient sur l’écran tactile comme un pianiste en concert. À force de manipulations, il réussit à rendre son ambiance blanche et diffuse à la navette. Au même moment, alors que les deux pilotes se ré-accoutumaient à cette lumière, un cri retentit dans les hauts parleurs de la navette :
– …RTIMER, REPONDEZ BON SANG !!!
– Ici le capitaine Franck Mortimer. dit Silver. On a eu un problème électrique et un caillou nous fonce dessus.
– Bon sang capitaine, ici le Premier Calculateur Gaspard. Ça fait 10 minutes qu’on essaye de vous joindre. hurla le chef de la division statistique. À ce stade, c’est à votre propre mort que vous allez devoir faire face, vous êtes sur le point d’être vaporisé par un caillou aussi gros que le Grappler.
– Nous maîtrisons la situation monsieur, décréta James. Mais c’est le capitaine qui enchaîna :
– On vous rappelle dès qu’on est sorti de la mouise pour faire un point. Terminé. et il coupa la communication.
– Capitaine, vous… le statisticien n’eut pas le temps de finir sa phrase.
Après deux secondes de silence, le capitaine ralluma la radio et ajouta en colère : Ah oui, et c’est ce con de HAL qui a encore merdé !
– Ne faites p…

Les sourcils froncés, Silver se tourna vers son second :
– Alors Jam, on en est où ? demanda le capitaine.
Le second pilote tourna la tête lentement vers son supérieur. Il était livide.
– J’ai refait mes calculs 3 fois mon capitaine., lâcha le jeune homme, Nous entrerons en collision avec l’astéroïde géocroiseur AD234 dans 3 minutes.
– Je sais qu’on est en alerte collision bordel !!, s’écria Mortimer, Je te demande ou tu en es de l’esquive ?
– Je me suis mal fait comprendre mon capitaine. Nous aurions eu le temps de manœuvrer si nous avions bénéficié de plus de puissance. Or le Grappler n’est pas prévu pour une course de vitesse à 10 000 km/h.
– Tu plaisantes ? On y passe là maintenant ? Souffla le capitaine, les yeux écarquillés.
Ne sachant quoi ajouter de plus, James retourna à ses manœuvres. Finir percuté par un astéroïde n’était pas la mort qu’il avait souhaité… il allait donc se battre encore quelques minutes.

Au même moment sur Terre, dans les locaux de la « Mineral Society », Robert Gaspard un petit homme à la peau chocolat au lait et aux cheveux très courts, statisticien de son état, n’en revenait pas qu’on lui ait coupé la parole. D’ailleurs, il n’en revenait pas non plus qu’on ait mis en doute les qualités techniques de HAL. Du haut de son costume 3 pièces, il pensait même très sincèrement que ces mineurs se croyaient décidément tout permis. Un rapport atterrirait sur le bureau du patron, ça ne traînerait pas. Il ne laisserait certainement pas passer ce « c’est pas de ma faute » totalement puéril. Des millions d’euros étaient tout de même en jeu.
Remettant ces petites lunettes rondes d’aplomb, il se tourna vers l’observateur en faction devant le radar et demanda :
– Ils en sont où ?
Assis de l’autre côté du bureau, son subalterne consulta ses écrans par-dessus ses lunettes.
Analysant la situation en quelques secondes, il se tourna vers son chef et répondit désarçonné : A moins d’un miracle monsieur… je ne les vois pas s’en sortir, dit-il en secouant la tête de gauche à droite.
– Le géocroiseur sera sur eux dans moins de 3 minutes, finit-il.
Robert n’avait plus d’autre choix que d’appeler la direction illico. Il devait se protéger des frasques de ce capitaine chahuteur.

Annexe
(1) – 1 tera octet peut contenir l’équivalent de 700.000 disquettes des années 90

A suivre…
(merci à Marie-Laurence pour la relecture)

« Quand ça veut pas… ! », 2ème partie
« Quand ça veut pas… ! », Fin


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8 Comments

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  3. Bruno JONGLEZ

    (Désolé j’ai corrigé les fautes que j’ai repéré dans mon commentaire précédent, il manque un moyen de revenir sur son commentaire.)

    Bien, la seule chose ce sont les descriptions de matériels informatiques pour moi cela alourdi le texte (surtout au début) et laisse peu de place à notre imagination.

    Sinon oui on attend la suite comment vont t ils s’en sortir ou finir.

    D’un autre coté l’histoire pourrait quasiment se finir la, laissant chacun imaginer la suite et sur sa réflexion sur le fossé qu’il existe entre les bureaux de la conception et les ateliers de production.

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  5. Jérôme Sanchez

    La description est bien faite : de la technique, des informations concrètes, mais aussi les défauts et pannes propres à la réalité. Les relations et les personnalités opposées des personnages sont crédibles. On attend la suite !

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