Dernière nouvelle : « Quand ça veut pas… ! » 2ème partie
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« Quand ça veut pas… ! », 1ère partie

Voyant la réaction désespérée de James, Silver passa rapidement en revue ce qu’il avait sous les yeux : des cartes de la Lune ou ils auraient dû se rendre avant la fin de la mission, des stylos, des écrans de formes multiples affichant des informations alarmantes sur la situation, des combinaisons spatiales pour les rares sorties qu’ils avaient à faire, une arme à feu qui se trouvait plus là pour obéir à un cahier des charges que par nécessité, des placards fermés contenant de la nourriture lyophilisée ainsi que de la vaisselle en plastique végétal, des outils en tout genre et d’innombrables équipements scientifiques embarqués. Ces derniers étaient présents en grand nombre car c’est grâce à eux que l’on obtenait les subventions nécessaires au financement de la « Mineral Society » et de ses vaisseaux. « Des » vaisseaux ? Oui, il y avait en orbite autour de la Terre en ce moment même, plusieurs dizaines de Grappler exécutant leur missions sans aucun soucis, doté du même HAL débile.

Mais alors que la fatalité l’envahissait, ses yeux revinrent vers l’arme à feu et un éclair lui traversa l’esprit.
– Peut-être que ça marcherait… se dit-il. Il te faudrait une poussée latérale pendant combien de temps pour cette esquive ? demanda Silver en sautant de son siège.
– Ou voulez-vous en venir mon capitaine ? Il nous reste moins de deux minutes vous savez, dit James en levant la tête. Voyant que le capitaine ne réagissait pas il poursuivit :
– En admettant que nous ayons un propulseur de plus sous la main, il nous faudrait l’équivalent d’un bon coup de pied pendant… 30 secondes sur la gauche de la navette, termina-t-il curieux.
– Alors tu as moins de 30 secondes pour t’habiller chaudement, cria le capitaine, la température intérieure va chuter rapidement et on va vite manquer d’air.

Sa phrase terminée, il était déjà devant l’armoire ou se trouvait leurs combinaisons, des scaphandres légers et moulants munis de respirateurs intégrés aux tissus de la combinaison. L’époque des bouteilles lourdes et encombrantes étaient révolues depuis 2 ou 3 ans déjà et c’était tant mieux. On avait gagné en manœuvrabilité. Le hic, c’est qu’on avait aussi perdu en autonomie…. ce dont ils auraient justement besoin dans les prochaines minutes.
Tout en chaussant cette seconde peau, il actionna quelques commandes sur le tableau logistique ce qui interloqua son second :
– Puis-je savoir ce que vous faites avec l’oxygène mon capitaine ? demanda le second pilote Willburn en enfilant son équipement fébrilement.
– En amenant plus de gaz, j’augmente la pression intérieure du Grappler, répondit Silver. Tu vas l’avoir ton propulseur de secours.

Il fallut quelques secondes à Jamie pour comprendre où son supérieur voulait en venir. Et il fut définitivement fixé sur son intention quand il le vit vérifier le fonctionnement de l’arme de bord :
– Vous n’allez pas faire ça… mon capitaine ? demanda-t-il inquiet.
La tension nerveuse qui transpirai dans la réponse de Silver était palpable :
– Tu vois d’autres solutions p’tit gars ?
Tout en finissant de mettre les gants de sa propre combinaison il alla chercher le poste à souder dans l’armoire technique :
– Au cas ou ça marche et si on est toujours en vie, dit-il en haussant les épaules, il va falloir reboucher le trou.

Une fois les deux hommes habillés, le capitaine Franck Mortimer regarda le petit point au loin qui allait les désintégrer. A travers le large plastique de son masque, il laissa son regard errer quelques secondes… passa sur Jamie… puis il arma son pistolet.
Levant le bras lentement, il visa soigneusement un partie de la paroi qui, primo pourrait être trouée facilement et deuzio qui se trouvait au bon endroit pour donner la poussée qui leur fallait, dans le bon sens.

TOP !

Une impulsion électrique venant du cerveau du capitaine donna l’ordre à ses muscles de se contracter. La dernière phalange de son index droit contrainte au mouvement, se plia alors et pressa la détente du pistolet. Le mécanisme libéra le chien de l’arme qui frappa le percuteur. La fine et longue tige métallique percuta le fond de la cartouche. La poudre qu’elle contenait, comprimée, s’enflamma et explosa, expulsant la balle dans une déflagration assourdissante vers la seule issue possible : le canon.
Le 9mm cracha son projectile véloce et brûlant. Après un très court voyage dans le vide de la cabine, le métal chauffé à blanc par la vitesse, transperça la paroi aussi facilement qu’une feuille de papier se déchire sous les doigts d’un enfant. Sans ralentir une seconde il poursuivit sa route dans l’infini de l’espace, pour un voyage vers l’infini… pour peu qu’il ne rencontre aucun obstacle.

Sitôt la paroi gauche trouée, la réaction du vaisseau fut ultra violente. La fuite d’oxygène, propulseur temporaire, le fit pivoter brusquement vers la droite, déséquilibrant les deux hommes. Puis, comme les coureurs d’un 100m qui n’attendaient que le signal du départ, tout ce qui était à proximité de l’ouverture et qui n’était pas ancré à la navette se précipita vers le trou. Endommagé par les impacts multiples qu’elle subissait, l’ouverture s’élargit laissant s’échapper la plupart des petits objets du Grappler. La blessure du Grappler s’agrandie sous les assauts du matériel fou et l’aspiration s’amplifia, projetant des objets plus volumineux vers ce nouvel orifice.
– Aie ! Pas prévu ça, songea Silver. Trop fragile la carcasse.

Le matériel volait en tout sens griffant les parois du vaisseau et endommageant les instruments. La fuite excessive d’oxygène déclencha la fermeture automatique des 3 sas du vaisseau.
D’un coup, tout retomba. Car au même moment une plaque de métal s’était mise en travers du trou, bloquant désormais la fuite de gaz… La propulsion supplémentaire avait-elle été suffisante ?
Ils le sauraient dans quelque secondes mais c’était trop tard pour imaginer autre chose, l’astéroïde tueur était sur eux.
3… 2… 1…

La masse rocheuse passa devant les fenêtres latérales du cockpit en tournoyant, masquant la lumière du soleil. Les deux hommes retinrent leur souffle. Dans les combinaisons, on sentait la sueur et le stress. Le cockpit ne serait pas vaporisé.

Puis seulement, vint l’impact.
Les deux hommes furent projeté violemment contre une des parois. James n’eut pas le temps de se protéger et son masque se brisa sur une des étagères qui longeait la coque. Le plastique transparent vola en éclat pénétrant profondément dans son arcade gauche. Ils retombèrent tous deux mollement sur le sol de la cabine. Un terrible tremblement répercuté dans tout le Grappler se fit ressentir qui sembla durer de longues minutes… et le silence.

Un silence perturbé par de longs craquements, sinistres et inquiétants.
– HAL ! Appela le capitaine au travers de son masque.
– Bonjour mon capitaine !, répondit la machine.
– Je veux un check up des données vitales du Grappler.
L’ordinateur de bord énuméra aussitôt les problèmes… nombreux. Le listing terminé, au cours duquel ils apprirent que le module 4 était totalement HS, Silver aboya sur son second pilote :
– Jamie, file au module 3 voir ce qu’il se passe.
– Bien mon capitaine, répondit le jeune homme sans délai.

Faisant fi de sa blessure qui l’aveuglait partiellement, il se débarrassa de son masque brisé désormais sans visière. il ne lui servait plus à rien.

Il ouvrit le premier sas.
Le module 2, dans lequel se trouvait le bras articulé servant à récupérer les épaves de satellites semblait indemne même si le matériel d’expérimentation était éparpillé dans tout le module.
Rien à signaler.
James se dirigea prudemment vers le sas menant au module 3. Quand, au travers du hublot, il vit la lumière hésitante qui résidait à l’intérieur, il stoppa son élan quelques secondes, mais décidé et confiant dans sa combinaison, il ouvrit le second sas.
Si ce n’était la lumière chevrotante, le module 3 était beaucoup moins inquiétant que son prédécesseur. En effet aucun désordre ne marquait les lieux. Sur ses gardes, il se sentait dans l’oeil du cyclone et appréhendait la tempête à venir.
Il approcha de la petite fenêtre ronde du module 4. Ce hublot allait-il lui révéler un abominable monstre de l’espace prêt à le dévorer ? Un vortex spatio-temporel l’enverrai-t-il jusqu’au temps des dinosaures ?
Prenant son courage à deux mains, il jeta un oeil de l’autre côté.
Ce qu’il vit était moins spectaculaire que ce qu’il avait cru. On était pas dans un film. Cependant la situation était loin d’être idéale.

– Capitaiiiiiiiiiiine, s’écria-t-il, je vais avoir besoin d’un autre masque !
Quand Silver arriva derrière James en lui tendant un masque de rechange, il resta bouche bée quelques secondes. A travers la fenêtre ronde du sas, il pouvait voir qu’un rocher sombre de 5m de haut avait arraché l’arrière du vaisseau et trônait fièrement au bout du module.
Il se maintenait sur le vaisseau grâce à quelques lambeaux de métal encore arrimés au Grappler.
– Va soigner ton oeil, on a un problème, dit-il dans un souffle.

A suivre…
« Quand ça veut pas… ! », Fin


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