Dernière nouvelle : « Quand ça veut pas… ! » Fin
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« Quand ça veut pas… ! », 1ère partie
« Quand ça veut pas… ! », 2ème partie

Les bras mécaniques des modules 2 et 3 du Grappler n’aurait pas pu maintenir ce caillou géant. Mais en fin de compte, accroché là, il n’en serait que plus facile à ramener dans les hangars de la « Mineral Society ». Le patron devrait le lâcher un peu.

quandcaveutpas_illus-01– Jamiiiiiiie, hurla-t-il après quelques minutes de réflexions, vérifie qu’on est toujours dans les clous par rapport au plan de vol.
– Je termine à l’infirmerie et je m’y mets mon Capitaine, répondit James.
– HAL ! reprit Silver.
– Bonjour mon Capitaine ! clama l’ordinateur.
– Calcule 20 trajectoires envisageables pour un retour sur Terre sans… il chercha le mot adéquat pour obtenir la bonne réponse de la machine… pour un retour sur Terre sans dommages : arrivée dans 4 heures maximum, demanda-t-il, présentation du rapport dans 5 mn.
– Bien mon Capitaine.

Après que James et Silver eurent étudiés les correspondances entre les calculs du second pilote et ceux de HAL, ils se mirent aux commandes du vaisseau et se fixèrent à leurs fauteuils.

Solennel, Franck Mortimer tourna la tête et s’adressa au jeune homme :
– Lieutenant James Willburn, vous prendrez les commandes, tandis que je m’occuperais des esquives et autres dangers potentiels au cours de notre entrée dans l’atmosphère. Nous rentrons à la maison avec un colis si gros, qu’ont parlera encore de nous dans 10 ans, ajouta-t-il un sourire en coin.
– A vos ordres mon Capitaine, souffla James souriant. Pas mécontent si je puis me permettre. Je n’avais jamais participé à une mission aussi… déprimante.
– Moi non plus mon garçon, confirma Silver, moi non plus. Nous ramè…

Silver ne put poursuivre sa phrase car deux choses se passèrent simultanément sous les yeux de son subalterne :
Tout d’abord, plusieurs objets volants non-identifiés traversèrent le « pare-brise » du Grappler ce qui déclencha une nouvelle tempête intérieure.
Et dans le même temps, James vit l’arrière de la tête de Silver éclater, éclaboussant de son contenu tout un pan du poste de pilotage.
Les dizaines de petits éléments composant le matériel du vaisseau, se précipitèrent vers la cabine de pilotage comme si, doués de vie propre, ils avaient d’un commun accord, décidés de sortir de l’appareil par l’avant.

A ce moment précis, la mort de son supérieur n’était pas la priorité de James. Il se précipita vers les armoires, récupéra un masque de rechange et le plaqua sur son visage. Se faisant, il jeta un coup d’oeil à Silver. Il était affalé sur son siège, ballotté par la dépressurisation de la cabine mais toujours attaché. Son masque était brisé au niveau du front et l’arrière de sa tête laissait entrevoir ce qu’il restait de son cerveau.

Une envie de vomir le pris, car d’une part le spectacle offert par son passager inerte était plus qu’écoeurant, et d’autre part, il venait de prendre conscience qu’il avait échappé de justesse à la mort.
– HAL ! Isole le poste de pilotage, cria-t-il.
– Bien mon Capitaine ! Répondit l’IA, inconsciente du changement d’interlocuteur.
Aussitôt le sas du cockpit se referma et James se retrouva seul avec Mortimer. Il savait qu’une fois la pièce vidée de toute son oxygène, le calme reviendrait dans le vaisseau. Mais il savait aussi qu’il ne pourrait plus compter que sur les maigres réserves d’oxygène de sa combinaison… déjà bien entamées par la première fuite.

D’après l’orientation du Grappler, il estimait qu’il se trouvait dans le bon axe. Une belle courbe bien tangente à la Terre afin de minimiser les échauffements sur la coque. Il fallait être délicat s’il voulait ramener le géocroiseur AD234 sur Terre.

Après quelques minutes, et alors que la navette entrait dans l’atmosphère, l’oxygène avait complètement quittée la cabine de pilotage. Les quelques instruments qui n’avaient pas été éjectés hors du vaisseau flottaient maintenant mollement autour de lui. Pas pour longtemps car la gravité de la Terre reprendrait rapidement le dessus et les clouerait au sol dans quelques secondes.

James éreinté et fort secoué, s’accrochait aux commandes et à la compréhension des instruments de navigation. Rester concentré pour ne pas faiblir était le plus important car l’oxygène de la combinaison manquait déjà et le second pilote sentait ses forces le quitter.

Les parois de la navette commencèrent à trembler tandis que l’appareil s’échauffait en pénétrant dans l’atmosphère. La température intérieure grimpa rapidement. James sentait son esprit vaciller, la fatigue l’envahir, il ne tiendrait pas.
Le Grappler survolerai le Brésil dans quelques secondes puis les Etats-Unis, juste après cette grosse masse nuageuse en formation, grise et tournoyante. Surtout rester éveillé. Il se mit à penser qu’il faudrait vraiment établir la liste des dysfonctionnement de HAL car ce dernier… pas inclus l’orage… dans calculs.
Il redressa brusquement la tête en ouvrant les yeux et comprit qu’il venait de s’endormir. Combien de temps ? Peu importait. Le Grappler avait déjà pénétré dans la surprise météorologique.

Le vaisseau se remis à trembler et la direction devint plus compliquée à tenir.
Des éclairs commencèrent à zébrer le ciel devant lui et la carlingue fut secouée violemment. Les tremblements furent tels que d’un coup, James sentit très nettement la masse de la navette s’alléger. L’écran de contrôle des instruments du Grappler lui confirma son impression : le module 4 s’était détaché. Le jeune lieutenant savait que désormais, AD234 ne faisait plus parti des bagages du Grappler et qu’il chutait. Il allait s’écraser quelque part au Brésil. Il n’eut cependant pas le loisir de s’apitoyer sur le sort de cette météorite importée car l’orage était de plus en plus féroce et devenait déroutant. Les couleurs des nuages viraient au bleu, mauve et noir. Était-ce sa propre perception qui lui jouait des tours ? Ce qui l’inquiétait le plus pourtant c’était que l’oeil du cyclone n’était pas dirigé vers le sol, mais vers lui. C’était unique. Ce trou béant d’un noir profond lui faisait face comme la gueule d’un monstre gigantesque et magnifique prêt à le dévorer.

A la vitesse ou il allait, il savait qu’il ne pouvait rien faire pour modifier sa trajectoire car le vaisseau était prévu pour manoeuvrer dans l’espace, pas dans l’atmosphère terrestre. De plus en plus faible, le corps lourd et les paupières mi-closes, il enclencha le pilote automatique et s’accrocha du mieux qu’il pouvait à son siège espérant que le pilote automatique le sortirait de cette situation.

Avant de s’effondrer, dans un souffle inarticulé, James Willburn, second pilote et lieutenant du Grappler bafouilla fébrilement :
– A… terri-saaaage… uuuuur-gent.

Immédiatement, HAL à l’écoute, enclencha le processus sur un ton dynamique :
– Bonjour mon capitaine !

Son dernier regard fut pour ce désert qu’il ne connaissait pas, en lieu et place de la forêt amazonienne. Puis ce fût le noir.

– Paaaraaachuuute… sooooortiiiiiis !
– Paaaraaachuuute… sooooortiiiiiis !
Ce sont les paroles déformées de HAL qui le réveillèrent. En les entendant, James savait pourquoi il s’en était tiré. Quel miracle. Quoi qu’il en soit lorsqu’il ouvrit les yeux, il avait la tête en bas. Son arcade sourcilière s’était ré-ouverte et le sang lui brouillait la vue. L’air était chargé de fumée et le fit tousser… il devait rapidement sortir d’ici s’il ne voulait pas mourir étouffé.

Après avoir coupé HAL et s’être extrait du Grappler il se dirigea vers les hangars. HAL avait finalement bien exécuté sa dernière tâche et l’atterrissage s’était fait au bon endroit.
Pourtant, après quelques secondes de marche, il s’arrêta net et observa le tarmac. Ce dernier donnait l’impression de n’avoir pas été entretenu depuis des années. Il scruta alors les alentours et à l’endroit ou il aurait dû trouver une ville, James ne vit qu’un paysage dévasté. Des bâtiments qu’il connaissait bien étaient à moitié en ruine. Que c’était-il passé ? Ce n’était peut-être pas le bon endroit après tout.

Il poursuivit sa marche vers ce qu’il croyait être les hangars. A son approche ils se révélèrent certes complètement rouillés mais arboraient les inscriptions familière à James. Il y entra donc et se dirigea vers la salle des radars. Il la trouva à l’endroit ou elle devait être.

En arrivant dans cette pièce gigantesque il découvrit un endroit abandonné, sans doute depuis des années, ce qu’il savait être impossible puisque Silver et lui-même avaient décollés de cet endroit 3 semaines plus tôt. Des débris pourrissant jonchaient pourtant le sol et les écrans poussiéreux confirmèrent que tout cela ne datait pas d’hier.

Au détour d’un bureau, un journal attira son attention. Il le déplia lentement, curieux et lu le gros titre qui l’assomma :
– « L’HUMANITE CONDAMNEE. », et l’article qui suivait ne le rassura pas :
– « Après 3 ans de lutte acharnée de la part de la communauté des médecins de la planète, les scientifiques se résignent. Le docteur Henry P. Johnson déclare : « Nous sommes désarmés face à la bactérie AD234. Ce premier contact avec la vie extra-terrestre, tant recherchée depuis si longtemps, nous détruira tous… jusqu’au dernier. »

Une note de bas de page expliquait : « La bactérie AD234 avait été nommée ainsi parce que transportée et ramenée sur Terre grâce au rocher AD234 jusqu’alors en orbite. Celui-ci s’était écrasé 3 ans plus tôt dans un stade brésilien le 16 avril 2024. Il tournait autour de la Terre avec pour seul danger de potentielle collision avec nos satellites de communication, jusqu’à ce qu’une société de ramassage l’envoie sur Terre. Un problème informatique n’avait pas permis de le récolter dans de bonnes conditions. La navette avait disparu sans laisser de trace après l’incident. »

Après avoir lu les derniers mots, il regarda la date du journal et chancela.
– « 7 décembre 2027… C’est impossible ! S’écria James,.
Tremblant, ces yeux finirent par se poser sur l’horloge accrochée au mur. Elle indiquait 2037… 10 ans après la parution du journal et 13 ans après l’accident du Grappler qui avait tué Franck Mortimer. Il fallait se rendre à l’évidence, l’orage qu’il avait traversé n’avait pas été qu’une simple aberration météorologique, mais un pont d’Einstein-Rosen… autrement dit, un trou de ver (1).

Comment et pourquoi ? Il n’en avait aucune idée, mais il avait franchis les barrières du temps pour se retrouver 13 ans après le largage accidentel du rocher :
– Tout cela est donc de ma faute, admit-il catastrophé. Et me voilà sans doute le denier survivant de la race humaine ! se dit-il abasourdit.
Toute sa famille, ses amis, ses voisins… tous avaient disparus, morts à cause d’un logiciel conçu pour les mauvaises raisons et dotés des mauvaises fonctions. Assis par terre, recroquevillé sur lui-même, il pleura longuement.

Ses larmes séchées et une fois l’impossible situation admise il se résigna :
– Je vais me mettre en route pour trouver les autres. Je ne suis peut-être pas le dernier. Peut-être pourrons-nous tout recommencer ?

Alors qu’il croyait avoir compris et qu’il était sur le point de se reprendre pour aller de l’avant, son regard glissa sur ses doigts. Des tâches noirâtres étaient apparues sur sa peau. Elles couvraient même ses deux bras. Il frotta ces nouvelles traces de poussières, mais sa peau s’arracha sous le frottement, comme la pelure d’un méchant coup de soleil. Manifestement la bactérie était toujours là… hautement virulente, et personne n’avait eu la chance de recommencer quoi que se soit.

La race humaine s’éteindrait avec lui.

Annexe
(1) – Un trou de ver est une déformation de l’espace-temps. Pour se représenter un trou de ver, imaginez un mètre ruban (1mètre = cent centimètres) qui mesurerai des années et non des centimètres (1 siècle = cent ans). Il faut donc parcourir cent ans pour aller d’un bout à l’autre de ce « siècle ruban ». Roulez-le sur lui-même et il vous faudra désormais moins d’un an pour aller de la première année à la centième.


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