Jeu d’esprit
Pour ne pas faire mentir ma baseline (la création sous toutes ses formes), il faut aussi que je vous fasse part de mes tentatives d’écritures qui furent nombreuses.
“Jeu d’esprit” est mon premier essai (sous le pseudo de Forge) de participation à un concours littéraire (qui n’a rien donné d’ailleurs… snif) qui eu lieu en juillet 2004 : le prix littéraire Alain Decaux de la francophonie.
“La réussite de l’être humain est due en partie à sa faculté d’utiliser les informations qu’il mémorise.”
Cela faisait des mois qu’il réfléchissait. Des jours que sa planche à dessin le narguait. Et là, maintenant, il ne lui restait que ses croyances pour l’aider. L’autohypnose lui servait à plonger au fin fond de lui même pour en sortir les idées les plus folles. C’était bien souvent la règle numéro un de cette méthode d’autosuggestion, qui l’aidait le plus : l’idée du mouvement créée le mouvement.
La tête entre les mains il cherchait l’idée… se concentrait sur LE moyen, le seul qui ferait de cette invention, une révolution pour l’homme. Leonardo, au 16ème siècle s’y était déjà essayé sans grand succès, depuis, des milliers d’hommes étaient morts pour ce rêve. Mais toujours le même résultat: une structure encombrante et l’obligation de partir des hauteurs, et ça… ça le rendait furieux.
- (Téléphone) La première sonnerie ne reteint pas du tout son attention.
- (Téléphone) A la deuxième, il émergea de ses pensées et (Téléph…) décrocha d’un geste lourd, tandis qu’une voix le hélait.
- Marco ? Salut, je crois que j’ai trouvé la solution, dit cette voix enthousiaste. Rejoins moi sur la falaise, je te ferais une démo.
- Ecoutes Fred, je n’ai pas trop envie. Tu sais, tous sont partis d’en haut, et ton rendez-vous sur la falaise va dans le même sens, je me trompe ? Pourquoi la “Pointe de l’ Epée” et pas le champ du vieux Gérard, en plaine ?
- Eh bien, c’est sans doute perfectible dit Fred hésitant, mais je veux assurer le coup. Allez vieux, fais moi plaisir et sors de ton grenier).
- (Raccroche)
Marc était renfrogné. Quant on lui forçait la main, ça le braquait mais Fred avait l’air bien avancé dans ses travaux et la curiosité fût la plus forte. Il ne lui fallut que quelques minutes pour boucler son appartement et se mettre en route.
Le chemin qu’il avait à faire jusqu’à la falaise n’était pas très long et il lui fallut peu de temps pour atteindre cette curiosité locale qu’était la “Pointe de l’ Epée”. C’était un ponton naturel, un embarcadère de rochers dominant la mer de plus de 200 pieds et fendant les vagues sur plus de 150. Fred, cet ami d’enfance qui l’avait toujours suivi dans ses projets les plus hasardeux, avait choisi cet endroit pour effectuer sa démonstration. Il avait d’ailleurs chaussé son attirail en l’attendant.
- Je suis prêt amigo, dit-il en écartant les mains, dévoilant ainsi les toiles qu’il s’était cousu sous les bras. Je vais t’en mettre plein la vue s’écria-t-il en courant vers la mer.
Bondissant de la Pointe comme d’un plongeoir, Fred s’élança en écartant les bras. Le vent s’engouffra dans la toile tendu et emporta le jeune aventurier. Le tissu se gonfla, lui dessinant deux omoplates géantes dans le dos, tout en le portant vers le haut. La puissance des forces de la nature surpris Fred qui perdit le contrôle de sa combinaison d’homme volant. Il vrilla sur le côté, se retournant comme une plume ballottée par un courant d’air.
La toile se déchira soudain. Un bruit dont la signification n’échappa à aucun des deux compères dont les regards se croisèrent une fraction de seconde. Compréhension instantanée de l’horrible suite des évènements, l’homme oiseau venait de perdre ses ailes. Les tourbillons aériens le jetèrent contre la paroi rocheuse. Le bruit de l’impact fût à peine audible, couvert qu’il était par le rugissement des vagues s’échouant contre l’Epée. La chute chaotique du corps se termina sur les récifs, fixés du haut par Marc, figé.
Il était horrifié, car plus bas, gisait la dépouille sanglante de son ami. Tout avait été si vite qu’il n’avait rien pu tenter. Les larmes lui coulaient le long des joues maintenant et sa vue se brouillait, mais d’un coup, se souvenant de ces séances d’hypnose tout était clair, limpide, évident… c’était si simple.
- Monsieur Da Vinci n’aurai jamais réussi, se dit-il, et toi non plus mon pauvre Fred, car l’idée du mouvement créé le mouvement. Seul l’esprit peut atteindre le rêve.
Il laissa sécher sa tristesse aux vents du large, ferma les yeux et au bord de la falaise, cette Pointe de l’Epée meurtrière, ses pieds quittèrent le sol pour ne plus jamais s’y poser.






J’ai bien aimé, même si la fin se devine assez bien.
La fin tombe abrupt, brutal, définitive.
Bravo ça laisse une boule dans la gorge.