« Jacob et le génie » – 3ème partie
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Lire la seconde partie de Jacob et le génie

Le 3ème voeu

Je cherchais pendant des mois les moyens de sortir de ma cellule. Je tentais de soudoyer mes geôliers, de gratter le sol avec mes ongles, de déloger les pierres de la prison, de me faire passer pour mort… tout cela sans aucun succès. Avec le temps, mes cheveux et ma barbe s’entremêlaient, je commençait à devenir aveugle et mes muscles ne me portaient presque plus. Après quelques années, la vengeance s’étiola et je sus enfin ce que je voulais demander au génie, une idée tout neuve depuis ma chute :
– Génie, cela fait des années que tu restes là à me regarder dépérir, attendant mon dernier vœu. Je pense qu’il est temps pour moi d’affronter la réalité. Le dernier vœu d’un homme comme moi, c’est d’être libre. La plus belle des libertés, celle ou l’on s’attache à rien, à personne. Génie, mon dernier vœu c’est de sortir d’ici.

Dans la seconde, j’étais dehors, sur une plage que je ne connaissais pas, sans doute très loin de chez moi. Mes yeux me faisaient mal et mes jambes trop faibles se dérobèrent me laissant à genoux face à la mer. Le vent de l’océan fouettant mon visage démêlait mes cheveux et rafraîchissait ma peau. J’étais libre, enfin.

Après quelques minutes à l’air libre, le génie s’est adressé à moi :
– Ton dernier vœu vient d’être exaucé Jacob, tu es libre, dit-il souriant. Tu me dois maintenant un service.
– Tu ne perd pas de temps dis moi, lui dis-je un peu estomaqué. Mais c’est vrai génie, c’était le marché. Que dois-je voler pour toi ? Lui demandai-je.
– Rien Jacob, rien ni personne dit-il. Tu va juste prendre ma place dans la bouteille.

Interloqué, il était hors de question que je perde cette liberté fraîchement retrouvée.
– Il… il n’en est pas question, m’écriai-je, vieil escroc ! Jamais plus je ne vivrai enfermé. Que cela soit dans une prison, ou dans une bouteille. Je viens de découvrir le seul vœu qu’un être humain devrait formuler, celui de disposer de sa liberté. Tu vas devoir trouver quelqu’un d’autre j’en ai bien peur.

Le génie ne sourit alors plus et me répondit :
– A quel moment t’ai-je dit que tu avais le choix ?

Sans avoir le temps de protester plus avant, ma vue se troubla, l’air devint lourd et je pus voir le génie, debout devant moi… immense. J’étais dans la bouteille, et lui non.

Après quelques instants, il édicta les règles :
– Tu exauceras les 3 vœux de la personne qui te fera sortir de la bouteille ou si tu ne sais pas qui c’est, de la première qui tiendras la bouteille devant toi, me dit-il, après quoi lui aussi devra te rendre un service.
– Laisse moi sortir génie ! Hurlais-je, laisse moi sortir !
– Tu es là dedans pour un certains nombre d’années Jacob. Moi-même ai dû patienter 234 ans, 3 mois et 25 jours avant que le destin ne te place sur mon chemin.
– Et tu sais quoi ? Poursuivit le génie, si tu n’avais pas assommé la jeune femme, c’est elle que j’aurais vu la bouteille à la main et qui serai à ta place aujourd’hui.

Dépité, je me pris la tête dans les mains et pleurais sur mon sort tandis que le génie disparu en marchant.



Quelques jours plus tard un vieux chien qui jouait avec ma bouteille la lâcha dans un ruisseau, qui l’entraîna dans la rivière, qui la précipita dans l’océan.

Cela fait maintenant 8 mois et 3 jours que je suis dans la bouteille.

Flottant sous ce Soleil de plomb dans mon radeau de verre, j’attends mon destin… et je m’ennuie !


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  1. Pingback: "Jacob et le génie" - 2ème partie - Gilles Aubin | Gilles Aubin

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