Catégorie : Nouvelle

  • Et l’homme ne fut pas !

    Et l’homme ne fut pas !

    Éclairée par le soleil levant, une plaine d’herbe verte et lumineuse s’étend devant vous, gonflée par endroits de quelques monticules fleuris. Elle est parcourue des frémissements du vent matinal de cette nouvelle journée. Cette moquette végétale est parsemée de pâquerettes dodelinant de la tête. L’astre du jour dans un ciel bleu sans nuage, darde ses rayons sur vos cheveux blancs et soyeux. Une multitude d’animaux en tout genre gambade joyeusement.

    Debout devant l’entrée de votre grotte, vous regardez ce spectacle frais et bucolique tandis qu’un troupeau de minuscules chevaux sauvages vous passe entre les sandales. Un brachiosaure au loin vous observe, une certaine bienveillance dans le regard, tandis que plusieurs de ses congénères broutent paisiblement les feuilles si délicates de ces arbres qu’ils affectionnent. Des oiseaux multicolores vous saluent de leurs sifflements mélodieux. Oui, vous les comprenez et ils vous remercient tous d’être là, d’exister.

    La brise légère et fraîche caresse vos oreilles. En cette heure matinale, ce souffle léger fait remonter dans votre estime la chaleur tremblotante des torches de l’antre où vous avez élu domicile.

    L’habitat qui semble avoir été creusé et que vous avez choisi pour passer la saison n’est pas très spacieux. Il laisse cependant suffisamment de place pour votre literie douillette et votre espace de création. Vous avez trouvé dans un recoin, la place pour poser votre établi et vos blocs d’argile. Ce dernier lieu se trouve bien sûr loin du vent de l’extérieur, car et c’est primordial, seul votre souffle doit envelopper vos modelages. C’est d’ailleurs un passe-temps si ancré en vous, que sans y penser vraiment vous retrouvez un morceau de cette terre malléable dans vos mains, à subir quelques pressions de vos gestes habiles. Une forme animale vient rapidement remplacer celle, chaotique qui était posée sur l’établi il y a encore quelques secondes.

    Un membre, deux, trois puis quatre. Pourquoi pas un cou et des cheveux… ah mince, vous réalisez que c’est encore un cheval qui se matérialise entre vos doigts. Vous adorez cet animal si gracieux. Mais qu’à cela ne tienne, vous prolongez son torse à la place du cou, puis deux membres supplémentaires de part et d’autres, sans oublier sa tête, son système respiratoire, nerveux, sanguin. Là ! Voilà. Elle est prête. La portant à vos lèvres, vous soufflez avec amour sur cette nouvelle créature.

    Doucement, la matière délicatement travaillée est entourée d’une myriade d’étoiles tandis que des tressaillements la parcourent. Vous posez cette nouvelle créature que vous nommez «Centaure», avec précaution sur le sol. Elle vous observe un instant en inclinant la tête sur le côté, plie une jambe et vous salue d’une révérence avant de s’éloigner en trottant. Elle bat maintenant des mains pour attirer l’attention de ses nouveaux camarades. Le comportement de la créature vous intrigue. Princier et joueur, il s’est mêlé aux autres avec une telle facilité que… et si ?

    Après avoir lissé votre moustache, c’est une autre poignée d’argile que vous malaxez maintenant, et une nouvelle vie s’anime à nouveau. Mais vous n’êtes pas satisfait et les êtres se succèdent : tantôt rampants, tantôt volants mais pas assez… ou trop…

    Puis c’est l’éclair de génie, la pensée qui change tout.

    Un autre morceau de cette terre si spéciale est déjà pétrie entre vos doigts et sous vos actions expertes, elle se transforme en quelques instants. La créature que vous inspire le centaure est d’une forme que vous n’avez encore jamais tentée.

    Ce sera un bipède cette fois. Forme que vous n’aviez tenté que pour les oiseaux jusqu’à présent.

    Vous le définissez comme un lémurien mais avec des yeux plus fins. Vous le dotez d’une peau similaire à celle des dauphins afin qu’il soit à l’aise sur terre et dans l’eau. Cette fois donc, vous privilégiez la station debout. Vous allez aussi essayer de lui donner un peu plus d’esprit que les autres… pour voir. Tout en soufflant doucement sur sa tête, plutôt que sur l’ensemble de son corps, comme pour les autres, vous tentez de lui insuffler une part de votre esprit, mais pas trop. C’est juste pour voir.

    Lorsque le scintillement se dissipe, elle commence à s’animer et une chose vous choque là, tout de suite : elle s’observe elle-même, se détaille de pied en cape. Vous la posez alors au bord de l’établi où elle s’assoit en vous regardant, d’un air amusé.
    – Salut, dit-elle. Tu es qui toi ?

    Surpris par cette interpellation, vos créatures n’ont jamais parlé, vous répondez un peu décontenancé :
    – Je ne sais pas, que veux-tu dire ? Je suis surpris, tu t’exprimes plutôt bien.
    – Ça me ravi de l’entendre je dois dire. Tu fais quoi là ? vous demande-t-elle.
    – Je m’adonne à mon passe-temps favori, le modelage. J’anime de l’argile que je façonne de diverses manières.
    – Suis-je aussi de l’argile ? dit-elle en vous tendant ses mains.
    – Oui.
    – Tu veux dire que c’est à toi que je dois d’exister ? D’être là !
    – Bien sûr, toi et tous les autres. Je vais te montrer, lui dites-vous en saisissant un bout d’argile.

    Tout en la surveillant d’un œil, et plutôt amusé d’avoir quelqu’un à qui parler, vous formez rapidement un oiseau que vous animez. Celui-ci s’envole, déployant ses petites ailes rougeoyantes en vous sifflant ses remerciements.

    Les yeux écarquillés, la petite créature parlante est maintenant debout. Curieusement, elle vous semble un peu plus grande que tout à l’heure. Elle sautille près de vous :
    – Ça a l’air facile, je veux essayer, dit-elle en se rapprochant de vous. Je parie que je fais mieux que toi du premier coup.

    Vous n’avez pas le temps de refuser ou d’écarter les tas de matière première, que la créature extrait un petit morceau de votre « terre de vie » et commence son ouvrage. Vous la laissez faire, curieux de voir le résultat. Elle s’active, tire, tord, malaxe, enfonce, appuie pour obtenir au final une forme… sans forme. Malgré vos protestations et vos conseils, la voilà qui, comme vous, souffle sur sa réalisation comme vous le faites habituellement. L’être qui s’anime ne peut bien évidemment pas se tenir debout car le centre de gravité n’est pas au bon endroit et les points d’appui sont trop différents. Les yeux ne sont pas finis et ses cris sont plaintifs.

    C’est la première fois que vous assistez à ce spectacle et l’attitude de cette « chose monstrueuse » vous attriste. Ces cris résonnent dans toute la grotte. Lorsque son petit créateur la pose sur l’établi, et avant que vous ne réagissiez, la chose claudique, tombe de la table de travail et s’écrase sur le sol. Désarticulée, baignant dans une petite flaque de sang, elle est maintenant entourée de plusieurs de vos créations qui affichent l’étonnement le plus total en vous regardant.

    Étonné, vous l’êtes aussi, car pas un modelage ne prend vie sans que vous ne le sachiez pertinemment viable. Or cette fois-ci, votre dernière création avait elle-même créé une créature, monstrueuse celle-là, et lui avait donné vie sans se soucier de lui fournir les fonctions vitales de base. Une créature qui crée… et mal en plus, c’était le bouquet.
    – Bon laisse moi maintenant, lui dites-vous agacé, j’ai à faire.
    – Non non non, pas question, vous dit-elle. je reste pour te corriger. Tu as l’air bien maladroit.

    « Contrarié », votre sang ne fait qu’un tour et vos yeux déjà bien rouges au naturel s’emplissent de colère. D’un geste rasant au dessus de l’établi, comme pour attraper une mouche endormie, vous éjectez le bipède hors de votre zone de travail. La force quelque peu disproportionnée dont vous usez, la fait littéralement exploser contre le mur comme une femelle moustique gavée de sang. Il existe une différence cependant… les moustiques sont utiles, eux.

    Vous entendez alors la mini assemblée qui vous observait, manifester sa joie d’une seule voix :
    – Et bim !

    Après avoir essuyé vos pattes, vous vous frottez la truffe et lissez vos grandes oreilles. Et alors que vous sortez vous aérer un peu, vos moustaches frémissent au vent… vous avez besoin de grignoter une ou deux carottes histoire de vous détendre un peu.

    Ah et puis, il faudra penser à créer une forme de vie à votre image, ça vous amusera probablement beaucoup !

    Eclairée par le soleil levant, une plaine d’herbe verte et lumineuse s’étend devant vous, gonflée par endroit de quelques monticules fleuris. Elle est parcouru des frémissements du vent matinal de cette nouvelle journée. Cette moquette végétale est parsemée de pâquerettes dodelinant des pétales. L’astre du jour à travers un ciel bleu sans nuage, darde ses rayons sur vos cheveux blancs et soyeux. Une multitude d’animaux en tout genre gambade joyeusement.

    Debout devant l’entrée de votre grotte, vous regardez ce spectacle frais et bucolique tandis qu’un troupeau de minuscules chevaux sauvages vous passe entre les sandales. Un brachiosaure au loin vous observe, une certaine bienveillance dans le regard, tandis que plusieurs de ses congénères broutent paisiblement les feuilles si délicates de ces arbres qu’ils affectionnent. Des oiseaux multicolores vous saluent de leurs sifflements mélodieux. Oui, vous les comprenez et ils vous remercient tous d’être là.

    La brise légère et fraîche caresse vos oreilles. En cette heure matinale, ce souffle léger fait remonter dans votre estime la chaleur tremblotante des torches de l’antre ou vous avez élu domicile.

    L’habitat qui semble avoir été creusée et que vous avez choisi pour passer la saison n’est pas très spacieux. Il laisse cependant suffisamment de place pour votre literie douillette et votre espace de création. Vous avez trouvé dans un recoin, la place pour poser votre établi et vos blocs d’argile. Ce dernier lieu se trouve bien sûr loin du vent de dehors, car et c’est primordial, seul votre souffle doit envelopper vos modelages. C’est d’ailleurs un passe-temps si ancré en vous, que sans y penser vraiment vous retrouvez un morceau de cette terre si malléable entre vos doigts, à subir quelques pressions de vos gestes habiles. Une forme animale vient rapidement remplacer celle, chaotique qui était posée sur l’établi il y a encore quelques secondes.

    Un membre, deux, trois puis quatre. Pourquoi pas un cou et des cheveux… ah mince, vous réalisez que c’est encore un cheval qui se matérialise sous vos yeux. Mais qu’à cela ne tienne, vous ajoutez un second torse, puis deux membres supplémentaires sans oublier sa tête, son système respiratoire, nerveux, sanguin. Puis le portant à vos lèvres, vous soufflez avec amour sur ce nouvel être.

    Doucement, la matière délicatement travaillée est entourée d’une myriade d’étoiles tandis que des tressaillements la parcoure. Vous posez cette nouvelle créature que vous nommez « Centaure », avec précaution sur le sol. Elle vous observe un instant en inclinant la tête sur le côté, plie une jambe et vous salue d’une révérence avant de s’éloigner en trottant. Elle bat maintenant des mains pour attirer l’attention de ses tout nouveaux camarades. Le comportement de la créature vous intrigue. Princier et joueur, il s’est mêlé aux autres avec une telle facilité que… et si ?

    Après avoir lissé votre moustache, c’est une autre poignée d’argile que vous malaxez maintenant, et une nouvelle vie s’anime à nouveau. Mais vous n’êtes pas satisfait et les êtres se succèdent : tantôt rampants, tantôt volants mais pas assez… ou trop… Puis c’est l’éclair de génie, la pensée qui change tout. Un autre morceau de cette terre si spéciale atterrit prestement au bout de vos doigts et sous vos actions expertes, elle se transforme en quelques instants. La créature que vous inspire le centaure est d’une forme que vous n’avez encore jamais tentée.

    C’est un bipède cette fois.

    Vous le définissez comme un lémurien mais avec des yeux plus fins. Vous le dotez d’une peau similaire à celle des dauphins afin qu’il soit à l’aise sur terre et dans l’eau. Puis vous privilégiez cette fois la station debout.
    Vous allez aussi essayer de lui donner un peu plus d’esprit que les autres… pour voir. Tout en soufflant doucement sur sa tête, plutôt que sur le corps, comme pour les autres, vous tentez de lui insuffler une part de votre esprit, mais pas trop, c’est juste pour voir.

    Lorsqu’elle commence à s’animer une chose vous choque là, tout de suite. Elle s’observe elle-même, se détaille de pied en cape. Vous la posez alors au bord de l’établi où elle s’assoit en vous regardant, d’un air amusé.
    – Salut, tu es qui toi ? demande-t-elle.
    Surpris de cette interpellation vous répondez un peu décontenancé :
    – Je ne sais pas, que veux-tu dire. C’est étonnant, tu t’exprimes plutôt bien.
    – Ca me surprend aussi je dois dire. Tu fais quoi là ? vous demande-t-elle.
    – Je m’adonne à mon passe-temps favori, le modelage. J’anime de l’argile que je façonne de diverses manières.
    – Suis-je aussi de l’argile ?
    – Oui.
    – Tu veux dire que c’est à toi que je dois d’être là ?
    – Bien sûr, toi et tous les autres. Je vais te montrer, lui dites vous en saisissant un bout d’argile.
    Tout en la surveillant d’un œil, et plutôt amusé d’avoir quelqu’un à qui parler, vous formez rapidement un oiseau que vous animez. Celui-ci s’envole, déployant ses petites ailes rougeoyantes en vous sifflant ses remerciements.

    Les yeux écarquillés, la petite créature parlante est maintenant debout. Curieusement, elle vous semble un peu plus grande que tout à l’heure. Elle sautille près de vous :
    – Ca à l’air facile, je veux essayer, dit-elle en tendant les bras vers vous. Je parie que je fais mieux que toi du premier coup.

    Vous n’avez pas le temps de refuser ou d’écarter les tas de matière première, que la créature extrait un petit morceau de votre « terre de vie » et commence son ouvrage. Vous la laissez faire, curieux de voir le résultat.
    Elle s’active, tire, tord, malaxe, enfonce, appuie pour obtenir au final une forme… sans forme. Et la voilà qui, comme vous, souffle sur sa réalisation comme vous le faites habituellement. L’être qui s’anime ne peut bien évidemment pas se tenir debout car le centre de gravité n’est pas au bon endroit et les points d’appuis sont trop différents. Les yeux ne sont pas finis et ses cris sont plaintifs.
    C’est la première fois que vous assistez à ce spectacle et l’attitude de cette « chose monstrueuse » vous attriste. Ces cris résonnent dans toute la grotte. Lorsque son petit créateur la pose sur l’établi, et avant que vous ne réagissiez la chose claudique, tombe de la table de travail et s’écrase sur le sol. Désarticulée, baignant dans une petite flaque de sang, elle est maintenant entourée de plusieurs de vos créations qui affichent l’étonnement le plus total en vous regardant.

    Etonné, vous l’êtes car pas un modelage ne prend vie sans que vous ne le sachiez pertinemment viable. Or cette fois-ci, votre dernière création avait elle-même créé une créature monstrueuse et lui avait donné vie sans se soucier de lui fournir les fonctions vitales de bases. Une créature qui crée… un comble, et mal en plus, c’était le bouquet.
    – Bon laisse moi maintenant, lui dites-vous agacé, j’ai à faire.
    – Non non non, pas question, vous dit-elle. je reste pour te corriger. Tu as l’air bien maladroit.

    « Contrarié », votre sang ne fait qu’un tour et vos yeux déjà bien rouge au naturel s’emplissent de colère. D’un geste rasant au dessus de l’établi, comme pour attraper une mouche endormie, vous propulsez le bipède hors de votre zone de travail. La force quelque peu disproportionnée dont vous usez, la font littéralement exploser contre le mur comme une femelle moustique gavée de sang.
    – Splash !
    Il existe une différence cependant… les moustiques sont utiles, eux.

    Vous entendez alors la mini assemblée qui vous observait, manifester sa joie d’une seule voix : « Et bim ! »

    Après avoir essuyé vos pattes, vous vous frottez la truffe et lissez vos grandes oreilles. Et alors que vous sortez vous aérez un peu, vos moustaches frémissent au vent… vous avez besoin de grignoter une ou deux carottes histoire de vous détendre un peu.

    Ah et puis, il faudra penser à créer une forme de vie à votre image, ça vous amusera probablement beaucoup !

  • « Jacob et le génie » – 1ère partie

    « Jacob et le génie » – 1ère partie

    Cette nouvelle pourrait être la partie zéro de « Entretien avec un génie » rédigée plus tôt, mais je ne suis pas sûr.

    La rencontre

    Sous un Soleil de plomb, en pleine mer, je flotte.

    Comme sur un radeau, sous le vol des mouettes, je m’ennuie.

    Je me nomme Jacob « Jambes courtes ». Je ne porte pas ce nom parce que j’ai des membres inférieurs réduits, mais parce que mes camarades me battaient toujours à la course. J’ai été élevé dans une maison où j’appelais tous les enfants présents mes « frères et sœurs » sans vraiment savoir si nous avions réellement un lien de parenté. Mes « parents » n’eurent jamais la moindre attention affectueuse envers moi et pour cause, j’appris à mon adolescence qu’ils faisaient partie de la guilde des voleurs du pays et que je leur avait été confié vers mes 6 ans. Mes parents biologiques m’avaient vraisemblablement vendu pour quelque argent afin de sortir temporairement de leurs misères.

    Une fois dans cette guilde, les enfants comme moi sont formés à divers métiers : certains deviennent des mendiants estropiés, d’autres des voleurs, d’autres encore deviennent des assassins… pour les rares « talentueux ». Je suis pour ma part devenu voleur. Un peu sournois et sans aucune attache, j’ai rapidement développé un certain « doigté » pour les finances d’autrui. Vif et silencieux, je ne m’encombre pas de scrupules inutiles.
    Après tout, si je peux accéder à votre bourse, c’est que vous n’y tenez pas vraiment.

    J’ai pas mal roulé ma bosse à travers le pays, dépensant rapidement l’argent gagné avant que la guilde ne prélève ses trop gros intérêts. A une époque, j’ai même eu une femme et des enfants. Ma femme n’a jamais compris l’intérêt de se faire payer quand je la collais dans les bras de riches usuriers et mes enfants ne me rapportèrent jamais suffisamment pour les nourrir… même avec une jambe cassée. J’ai donc décidé de me séparer du lot, 2 ans après la naissance des enfants, dans un bordel de la capitale.
    On ne m’y reprendra plus !

    Cependant ma vie bascula réellement le jour ou je traquais une « cliente » potentielle.
    Je suivis cette jeune femme, seule, dans une ruelle sombre… que du bonheur. Elle tenait une bouteille à la main et venait probablement de jeter une cigarette car une légère fumée s’élevait du sol à côté d’elle. M’approchant discrètement je l’assommais net. Mais au moment de la dépouiller de ses biens et de sa… vertu, dans la foulée, je vis un vieil homme près de moi que je n’avais pas remarqué quelques secondes plus tôt.

    jacob_le-genie

    Ce dernier, vêtu d’une lourde robe de velours d’un bleu profond, ressemblait à un forain. Son visage fin et basané était fortement ridée. Sa peau foncée permettait à sa fine moustache noire et tombante ainsi qu’à son bouc en pointe de s’affirmer pleinement. Il vit la jeune femme inconsciente au sol et me regarda longuement les yeux plissés, lissant sa barbichette. Puis, songeur, il regarda la bouteille qui gisait près d’elle. Sur l’instant, je cru qu’il s’apprêtait à me donner une leçon comme cela m’arrivait quelques fois les jours de malchance, mais il s’assit près du flacon vide et resta là sans bouger. Voyant qu’il ne réagissait pas, je compris que j’avais affaire à un benêt, et me mis en devoir d’appliquer une fouille « minutieuse » à la dame. Après l’avoir dépossédée de ses quelques biens, j’allais me soulager entre les reins de l’endormie, quand je me rappelais l’idiot assis près de moi. Je me rhabillais donc quelque peu frustré (on peut être sans scrupules et un peu pudique quand même… non ?).
    Également doté d’un certain sens pratique, je ramassais la bouteille sous le nez du débile. Elle ne manquait pas d’un certain cachet et je devais pouvoir en tirer quelques pièces, même vide comme c’était le cas.

    Quelques mètres plus loin je remarquais que le benêt, décidé à bouger s’était mis en tête de me suivre, et alors que je me retournais pour le faire fuir, il pris la parole :
    – En ramassant cette bouteille, dit-il lentement, tu en es devenu le propriétaire. En devenant le propriétaire de la bouteille, tu es devenu mon maître, ajouta-t-il un sourire au coin des lèvres.
    Je suis un génie maître Jacob et je vais réaliser 3 de tes souhaits les plus chers.
    – Puis tu me rendras un service, ajouta-t-il pour finir en souriant.

    Lire la seconde partie de Jacob et le génie

  • Dernière nouvelle : « Quand ça veut pas… ! » 1ère partie

    Dernière nouvelle : « Quand ça veut pas… ! » 1ère partie

    Introduction
    Actuellement on estime à près de 8500 le nombre d’astéroïdes géocroiseurs de plusieurs centaines de mètres de long. Ce sont des lunes potentielles pour notre planète. Des lunes ? Oui des lunes ! Des objets naturels qui tournent inlassablement autour de la Terre comme notre bonne vieille Lune. Des satellites naturels comme ceux là, il en existe aussi de plus petits, d’une taille de quelques mètres seulement mais beaucoup plus nombreux, des millions en fait. Le problème c’est qu’ils sont indétectables depuis la Terre avec les technologies actuellement disponibles.

    Quand ça veut pas !
    1500 kilomètres d’altitude… l’espace.
    Cette distance pourtant relativement grande n’est en fait qu’une orbite basse pour les satellites.
    Autour de la Terre depuis 3 semaines, le « Grappler », une navette minière de la « Mineral Society »,société de ramassage de roches orbitales, flottait mollement dans le vide spatial.

    Timidement, un détecteur de la navette se mit à cliqueter. Une lumière rouge s’alluma, transformant l’ambiance lumineuse des 4 modules de la navette en chambre noire de photographe.
    Les concepteurs de ce système de surveillance l’avaient surnommé HAL, en souvenir d’un vieux film d’anticipation. Oh bien sûr ce HAL là n’était pas plus intelligent qu’une calculatrice d’étudiant. Il ne faisait que lire des fichiers audio contenant des mots ou des phrases courtes. Des fichiers dont on avait programmé la lecture en réponse à certains stimuli extérieurs : température, pression, bruits ou résultats de calculs.

    Donc non, HAL n’était pas intelligent, une compétence absolument hors d’atteinte des ingénieurs humains encore à l’heure actuelle. Cela dit, même si cet amas de composants électroniques avait été construit aujourd’hui 27 mars 2024, il ne penserait pas plus. Et aucun éclair, ni aucune araignée radioactive ne lui auraient donnés la moindre étincelle de vie. Les romans de science-fiction était bien loin quand il s’agissait de rentabilité. Cependant il faisait tout de même partie des derniers nés de sa génération dotés d’une batterie de processeurs dernier cri, de deux téraoctets de mémoire vive (1) et de trois disques durs non moins énormes. Du coup, HAL calculait très, très vite sur des équations très, très complexes mais est et resterait un très, très mauvais compagnon de voyage.

    Pour le moment HAL était programmé pour un job : enclencher le réveil d’urgence des humains présents dans la salle de repos.
    Dans cette salle, une seule des cabines verticales était occupée. Le capitaine Franck « Silver » Mortimer, un quinquagénaire aux cheveux blancs, courts et frisés, y ronflait bruyamment. Quand la cabine de Silver s’ouvrirait, surnom qu’on lui donna quand vinrent ses premiers cheveux blancs, « Putain de caillasses volantes » seraient les premiers mots qui sortiraient de sa bouche :
    – Putain de caillasses volantes ! dit donc le capitaine en ouvrant les yeux. On peut pas pioncer tranquille alors ?
    – Bonjour mon capitaine ! dit HAL dynamique.
    – Pffffff, ils auraient quand même pu caler une voix de gonzesse, ça aurait été plus sympa au réveil, dit Silver en soufflant.
    – Bonjour mon capitaine !, dit HAL sur le même ton dynamique.
    – Et il va passer son fichier en boucle jusqu’à ce que je dise la phrase reconnue par le programme… putain c’est lourd.

    – Bonjour mon capitaine !, répète HAL sans relever le reproche dont il venait d’être la victime.
    – Et pas moyen de savoir ce qu’il me veut tant que j’aurai pas dit la phrase magique… une sacrée bande de bras cassés ces ingénieurs au service de l’Intelligence Artificielle. Oui HAL, je suis debout ! finit par lâcher le pilote. « Tu as bien fait ton travail », compléta-t-il entre ses dents.
    – Bonjour mon capitaine !, répéta HAL une fois de plus, comme s’il n’avait pas entendu la réponse.
    – Qu’est-ce qu’il lui prend à celui-là… pourquoi il m’emmerde ? Ah… OK ! je me suis encore gouré. dit le capitaine en affaissant les épaules. Je retiens pas ce truc c’est dingue. Oui HAL, je suis… bien réveillé, articula-t-il. Ça va c’est bon, tu passes à autre chose ?
    – Heureux de l’apprendre mon capitaine, enchaîna la machine.
    – Tu ne sais pas ce que veut dire “être heureux”, maugréa le capitaine.
    Mais le programme poursuivit, imperturbable :
    – Un événement… imprévu… m’oblige à vous sortir… de votre… sommeil, commença le système vocal automatisé. D’après mes calculs… la… trajectoire… d’un… géocroiseur… coupera… notre… trajectoire… dans… 15…minutes… Êtes-vous opérationnel ?
    – Non non, je me suis recouché, ironisa Silver. Puis après quelques secondes, il enchaîna d’un ton militaire en clamant : Opérationnel… chef !.
    – Quand je pense au temps qu’on perd avec ces conneries de simili langage humain. dit-il en s’habillant. Alors qu’il aurait suffit qu’il me réveille en hurlant : Alerte collision ! OK je lui aurais pété la tête pour m’avoir réveillé en sursaut, mais au moins j’aurais eu le message. Seulement voilà, les actionnaires ont adoré que HAL s’exprime comme nous. Du coup, les ingénieurs ont bossé sur un truc pas utile au lieu de développer ZE programme : Comment esquiver des cailloux de 3m de diamètres perdus dans l’espace.

    Tandis qu’il finissait de se vêtir, un bruit lointain lui fit tourner la tête :
    – Eh Jam, qu’est-ce que tu fous ? cria le capitaine.
    Après quelques secondes, la tête rasée du second pilote passa l’encadrement de la porte :
    – Désolé, mon capitaine. J’étais dans le module quatre pour un test électrique, s’empressa de répondre le jeune lieutenant James Willburn, second pilote du Grappler.
    – Tu sais d’où vient l’alerte ? demanda Silver.
    – Non mon capitaine. répondit James du haut de son mètre quatre vingt-dix. Je suis passé voir ce que vous désiriez avant d’aller dans la cabine de pilotage.

    Passant la main dans ses cheveux blancs, Silver emboîta le pas du jeune homme. Une fois dans le cockpit, suivi de près par le capitaine, le second pilote fut intrigué par une information.
    HAL avait précisé à Silver lors de son réveil qu’un géocroiseur couperait leur trajectoire dans 15 minutes. Sachant que le capitaine avait pris 2 minutes pour sortir de sa cabine et environ 30 secondes pour arriver ici avec lui, le compteur aurait dû afficher 12 minutes au minimum. Or là, il n’en affichait que… 7 !
    – « Mon capitaine avez-vous vu le compteur ? » demanda James.
    – Et alors ? répondit Silver irrité. Puis après quelques secondes de flottement, Hey mais… qu’est-ce qu’il débloque encore ce con de HAL ? Comment ça 7 minutes ?
    – Jam, prend les commandes, dit-il rapidement en coupant HAL. On se tire de là !

    James s’assit prestement dans son fauteuil, réglé pour laisser de la place à ses jambes immenses. Il entama immédiatement la procédure de déviation de trajectoire, une « esquive » comme l’appelait les mineurs. Pendant ce temps-là, Silver vérifiait les instruments à l’aide de l’écran tactile souple cousu sur sa manche.
    Un glissement de doigt à droite, un vers le haut, il avait maintenant devant les yeux la liste des instruments de bords et leurs statuts, et ce qu’il vit le fit s’écrier :
    – Jam c’est quoi ce bordel ? Pourquoi on tourne sur les générateurs de secours ?
    – Comment ça mon capitaine ? J’ai fait un simple test électrique il y a 10 minutes et tout s’est bien passé. D’ailleurs, si c’était le cas, nous n’aurions plus de communications non plus, répondit le second, surpris par l’affirmation du capitaine.
    – Eh ben justement… on a plus de communication !, s’écria-t-il.

    Le capitaine Mortimer s’activa à nouveau sur la tablette, validant des options, scrutant les diverses informations qui défilaient sous ses yeux. Ses doigts volaient sur l’écran tactile comme un pianiste en concert. À force de manipulations, il réussit à rendre son ambiance blanche et diffuse à la navette. Au même moment, alors que les deux pilotes se ré-accoutumaient à cette lumière, un cri retentit dans les hauts parleurs de la navette :
    – …RTIMER, REPONDEZ BON SANG !!!
    – Ici le capitaine Franck Mortimer. dit Silver. On a eu un problème électrique et un caillou nous fonce dessus.
    – Bon sang capitaine, ici le Premier Calculateur Gaspard. Ça fait 10 minutes qu’on essaye de vous joindre. hurla le chef de la division statistique. À ce stade, c’est à votre propre mort que vous allez devoir faire face, vous êtes sur le point d’être vaporisé par un caillou aussi gros que le Grappler.
    – Nous maîtrisons la situation monsieur, décréta James. Mais c’est le capitaine qui enchaîna :
    – On vous rappelle dès qu’on est sorti de la mouise pour faire un point. Terminé. et il coupa la communication.
    – Capitaine, vous… le statisticien n’eut pas le temps de finir sa phrase.
    Après deux secondes de silence, le capitaine ralluma la radio et ajouta en colère : Ah oui, et c’est ce con de HAL qui a encore merdé !
    – Ne faites p…

    Les sourcils froncés, Silver se tourna vers son second :
    – Alors Jam, on en est où ? demanda le capitaine.
    Le second pilote tourna la tête lentement vers son supérieur. Il était livide.
    – J’ai refait mes calculs 3 fois mon capitaine., lâcha le jeune homme, Nous entrerons en collision avec l’astéroïde géocroiseur AD234 dans 3 minutes.
    – Je sais qu’on est en alerte collision bordel !!, s’écria Mortimer, Je te demande ou tu en es de l’esquive ?
    – Je me suis mal fait comprendre mon capitaine. Nous aurions eu le temps de manœuvrer si nous avions bénéficié de plus de puissance. Or le Grappler n’est pas prévu pour une course de vitesse à 10 000 km/h.
    – Tu plaisantes ? On y passe là maintenant ? Souffla le capitaine, les yeux écarquillés.
    Ne sachant quoi ajouter de plus, James retourna à ses manœuvres. Finir percuté par un astéroïde n’était pas la mort qu’il avait souhaité… il allait donc se battre encore quelques minutes.

    Au même moment sur Terre, dans les locaux de la « Mineral Society », Robert Gaspard un petit homme à la peau chocolat au lait et aux cheveux très courts, statisticien de son état, n’en revenait pas qu’on lui ait coupé la parole. D’ailleurs, il n’en revenait pas non plus qu’on ait mis en doute les qualités techniques de HAL. Du haut de son costume 3 pièces, il pensait même très sincèrement que ces mineurs se croyaient décidément tout permis. Un rapport atterrirait sur le bureau du patron, ça ne traînerait pas. Il ne laisserait certainement pas passer ce « c’est pas de ma faute » totalement puéril. Des millions d’euros étaient tout de même en jeu.
    Remettant ces petites lunettes rondes d’aplomb, il se tourna vers l’observateur en faction devant le radar et demanda :
    – Ils en sont où ?
    Assis de l’autre côté du bureau, son subalterne consulta ses écrans par-dessus ses lunettes.
    Analysant la situation en quelques secondes, il se tourna vers son chef et répondit désarçonné : A moins d’un miracle monsieur… je ne les vois pas s’en sortir, dit-il en secouant la tête de gauche à droite.
    – Le géocroiseur sera sur eux dans moins de 3 minutes, finit-il.
    Robert n’avait plus d’autre choix que d’appeler la direction illico. Il devait se protéger des frasques de ce capitaine chahuteur.

    Annexe
    (1) – 1 tera octet peut contenir l’équivalent de 700.000 disquettes des années 90

    A suivre…
    (merci à Marie-Laurence pour la relecture)

    « Quand ça veut pas… ! », 2ème partie
    « Quand ça veut pas… ! », Fin

  • En retard en retard, je suis en retard

    En retard en retard, je suis en retard

    Le temps se fige sous la neige, non ? ... ah non !Le temps passe et file, se défile et empile
    Derrière nous les secondes, minutes, heures et années
    Que nous ne voyons pas, ombres fugaces, preuves de passage
    Jusqu’à nous rappeler son existence sournoise, un jour
    Qu’il est bien présent, et sans trépassé passe pour devenir futur
    Alors sans plus cette protection éphémère d’une pensée de soi qui ne colle pas
    Notre humanité s’aigrit, se racornit sans répit
    Jusqu’à s’éloigner de la réalité construite par nos soins
    Et trop occupé à oublier nos rêves pour courir derrière nos fantasmes
    On se retourne
    Si j’avais osé, j’aurais…
    RIP

  • Jeu d’esprit

    Jeu d’esprit

    Pour ne pas faire mentir ma baseline (la création sous toutes ses formes), il faut aussi que je vous fasse part de mes tentatives d’écritures qui furent nombreuses.

    « Jeu d’esprit » est mon premier essai (sous le pseudo de Forge) de participation à un concours littéraire (qui n’a rien donné d’ailleurs… snif) qui eu lieu en juillet 2004 : le prix littéraire Alain Decaux de la francophonie.

    « La réussite de l’être humain est due en partie à sa faculté d’utiliser les informations qu’il mémorise. »

    Cela faisait des mois que Marc réfléchissait. Des jours que sa planche à dessin le narguait. Et là, maintenant à court d’idées, il ne lui restait que ses croyances pour l’aider. L’une d’elle prenait appui sur la connaissance de soi : l’auto-hypnose. Elle lui servait à plonger au fin fond de lui même pour en sortir les créations les plus folles. C’était bien souvent la règle numéro un de cette méthode d’autosuggestion, qui l’aidait le plus : l’idée du mouvement créée le mouvement. Malheureusement jusque là ça n’avait rien donné.

    La tête entre les mains il cherchait l’idée… se concentrait sur LE moyen, le seul qui ferait de cette invention, une révolution pour l’homme. Leonardo, au 16ème siècle s’y était déjà essayé sans grand succès et depuis, des milliers d’hommes étaient morts pour ce rêve avec toujours ce même constat : une structure encombrante et l’obligation de partir des hauteurs, et ça… ça le rendait furieux.

    – (Téléphone) La première sonnerie ne reteint pas du tout son attention.
    – (Téléphone) A la deuxième, il émergea de ses pensées et (Téléph…) décrocha d’un geste lourd, tandis que la voix de son ami d’enfance le hélait.
    – « Marco ? Salut c’est Fred. Je crois que j’ai trouvé la solution », dit-il enthousiaste. « Rejoins moi sur la falaise, je te ferais une démo. »
    – « Ecoute, je n’ai pas trop envie. Tu sais, tous sont partis d’en haut, et ton rendez-vous sur la falaise va dans le même sens, je me trompe ? Pourquoi la « Pointe de l’ Epée » et pas le champ du vieux Gérard, en plaine ? »
    – « Eh bien, c’est sans doute perfectible » dit Fred hésitant, « mais je veux assurer le coup. Allez vieux, fais moi plaisir et sors de ton grenier ».
    – (Raccroche)

    Marc était renfrogné. Quant on lui forçait la main, ça le braquait mais Fred avait l’air bien avancé dans ses travaux et la curiosité fût la plus forte. Il ne lui fallut que quelques minutes pour boucler son appartement et se mettre en route.

    Le chemin qu’il avait à faire jusqu’à la falaise n’était pas très long et il lui fallut peu de temps pour atteindre cette curiosité locale qu’était la « Pointe de l’ Epée ». Ponton naturel, cette embarcadère de rochers dominée la mer de plus de 200 pieds, fendant les vagues sur plus de 150. Fred, qui l’avait toujours suivi dans ses projets même les plus hasardeux, avait choisi cet endroit pour effectuer sa démonstration. Il avait d’ailleurs chaussé son attirail en l’attendant.

    – « Je suis prêt amigo, dit-il en écartant les mains, dévoilant ainsi les toiles qu’il s’était cousu sous les bras. Je vais t’en mettre plein la vue » s’écria-t-il en courant vers la mer. Et avant que Marc n’ait le temps d’ajouter quoi que se soit, son acolyte bondit de la Pointe comme d’un plongeoir.

    Il s’élança en écartant les bras. Le vent s’engouffra dans la toile tendue et emporta le jeune aventurier. Le tissu se gonfla, lui dessinant deux omoplates géantes dans le dos, tout en le portant vers le haut… il volait. Mais la puissance des forces de la nature surpris Fred. Il perdit le contrôle de sa combinaison d’homme volant et vrilla sur le côté, se retournant comme une plume dans un courant d’air.

    Marc continuait d’observer la scène anxieux. La toile se déchira soudain. Un bruit dont la signification n’échappa à aucun des deux compères dont les regards se croisèrent une fraction de seconde. Compréhension instantanée de l’horrible suite des évènements : l’homme oiseau venait de perdre ses ailes.
    Les tourbillons aériens le jetèrent contre la paroi rocheuse. Le bruit de l’impact fût à peine audible, couvert qu’il était par le rugissement des vagues s’échouant contre l’Epée. La chute chaotique du corps se poursuivit et se termina sur les récifs, fixés du haut par son ami, sous le choc.

    Ce dernier était horrifié, car il avait sous les yeux la dépouille sanglante de son ami. Sa tête était dans une position qui ne laissait aucun doute sur l’état de Fred. Tout avait été si vite qu’il n’avait rien pu tenter. Les larmes lui coulaient à présent le long des joues. Sa vue se brouillait. Il avait le coeur serré.

    Mais d’un coup, se souvenant de ces séances d’autohypnose tout devenait clair, limpide, évident… c’était si simple.

    – « Monsieur Da Vinci n’aurai jamais réussi », se dit-il, « et toi non plus mon pauvre Fred, car l’idée du mouvement créé le mouvement. Seul l’esprit peut atteindre le rêve. »

    Il laissa sécher sa tristesse au vent du large, ferma les yeux et au bord de la falaise, cette Pointe de l’Epée qui s’était avérée meurtrière, ses pieds quittèrent le sol sans un mouvement, pour ne plus jamais s’y poser.