Catégorie : Ecrire

Les articles ayant traits à la passion d’écrire et le beau geste de l’écriture. Des nouvelles, des histoires très courtes et un jour peut-être, un roman.

  • L’effet Murphy

    L’effet Murphy

    Camille et Isélanne viennent d’arriver, avec Annette leur petite fille, dans une nouvelle ville. Ils ont quitté leur ancien logement en raison de l’insécurité. Quatre ans après LA Crise, la guerre civile a laissé des traces.

    La découverte de leur nouvelle ville les impressionne. En effet, Victor et quelques amis utopistes, ont mis en place une gestion de la ville étonnante. Les habitants sont libres de choisir des logements afin de se rapprocher de personnes ayant les mêmes compétences qu’eux. Les échanges deviennent tellement plus cordiaux et riches, qu’une jeune femme déterminée, Ambre, les réunis une fois par mois au sein d’un ancien hangar : « le Colloque ».

    Malheureusement, la PNA et ses drones de surveillance ne protégeant plus que les entreprises, les affrontements perdurent, permettant au monde d’avant, de tenter de revenir sur le devant de la scène, avec son système toxique et anxiogène.

    Une lutte silencieuse mais mortelle aura bien lieu.

    Suivez Camille et Victor dans cette aventure d’un futur pas si lointain, et peut-être pas si fictionnel qu’on aimerait le croire.

    Genèse

    L’idée initiale derrière ce roman était de confronter deux visions du futur. Dans un premier tome, Murphy avait raison, le héros en prenait plein la g… d’un bout à l’autre de l’histoire. Dans un second tome, Murphy avait tort, il aurait vécu la même aventure, mais avec des tribulations plus positives.

    Au fur et à mesure de l’écriture, je me suis rendu compte que j’avais matière à faire bien autre chose que du désastre à tous les étages. Des catastrophes il y en a toujours, bien sûr, mais j’ai également utilisé divers points de vue, et exploré un concept que je voulais creuser : la Télépathie Asynchrone Unidirectionnelle. Le narrateur (qui peut être l’auteur) s’adresse au lecteur et entre dans sa tête par le biais du livre.

    J’espère que vous prendrez autant de plaisir à le lire que j’en ai pris à le concevoir, et à faire des misères aux protagonistes.

    Bonne lecture.

    PS : gardez votre téléphone à portée de main, son appareil photo pourrait être utile.


    Bientôt

  • Nouvelle Conscience

    Nouvelle Conscience

    Trois développeurs audacieux sont recrutés pour créer une intelligence artificielle révolutionnaire. Elle devra être capable de résoudre les dilemmes les plus complexes de l’humanité : éradiquer la faim dans le monde, et mettre fin aux conflits mondiaux.

    Cependant, les tensions au sein de l’équipe déclenchent un incident qui attire l’attention des forces de l’ordre. Le lieutenant chargé de l’enquête se retrouve malgré lui entraîné dans une course contre la montre, confronté à un hacker insaisissable déterminé à contrecarrer ses plans.

    Dans ce roman policier de science-fiction, explorez les profondeurs de l’intelligence artificielle et les questions cruciales qui l’entourent :

    • Est-il possible de programmer la conscience ?
    • Faut-il et peut-on imposer des limites à une IA ?
    • Une IA est-elle capable de mentir ou de détecter les mensonges ?

    Plongez au cœur de cette aventure technologique et enrichissez votre compréhension de cette technologie qui façonne notre avenir.

    Préparez-vous pour une lecture inoubliable, écrite avant le lancement de chatGPT !

    Genèse

    J’ai eu l’idée de ce roman car depuis des décennies, la population est soumise à un storytelling négatif concernant l’intelligence artificielle. Toutes les histoires la décrivaient comme néfaste et destructrice. Or, une IA est une suite de lignes de code écrites par des gens avec des valeurs et des cultures différentes, payés par des sociétés aux objectifs très divers.

    En écrivant ce roman, j’ai voulu démystifier cet aspect négatif pour éclairer ce qu’est sans doute le développement d’un tel programme. Pour ce faire, tout au long de l’histoire, vous pourrez découvrir une de nombreux éléments d’une certaine histoire de l’intelligence artificielle, glanés au fil de mes recherches.

    Ce que deviendra l’IA ne sera que la conséquence de choix de développement… et de financement, jusqu’à, peut-être, la naissance d’une nouvelle forme de vie, électronique, et consciente, un jour, peut-être.

    Bonne lecture.


  • Nanowrimo, coup de pied au cul pour écrire un roman en 30 jours

    Nanowrimo, coup de pied au cul pour écrire un roman en 30 jours

    couverture du livre Ecrivez un roman en 30 jours de chris baty

    Je ne me suis lancé qu’hier, mais je veux tenter le Nanowrimo de cette année.

    Nanowrimo, c’est un pseudo ?

    Pas du tout, le Nanowrimo est un concours d’écriture international qui dure 30 jours. A cette « deadline » (une date butoir, ici ce sera le 30 novembre) vous devez avoir écrit les 50 000 mots de votre roman (la taille du roman « Le meilleur des mondes » d’Aldus Huxley).

    (suite…)
  • Et l’homme ne fut pas !

    Et l’homme ne fut pas !

    Éclairée par le soleil levant, une plaine d’herbe verte et lumineuse s’étend devant vous, gonflée par endroits de quelques monticules fleuris. Elle est parcourue des frémissements du vent matinal de cette nouvelle journée. Cette moquette végétale est parsemée de pâquerettes dodelinant de la tête. L’astre du jour dans un ciel bleu sans nuage, darde ses rayons sur vos cheveux blancs et soyeux. Une multitude d’animaux en tout genre gambade joyeusement.

    Debout devant l’entrée de votre grotte, vous regardez ce spectacle frais et bucolique tandis qu’un troupeau de minuscules chevaux sauvages vous passe entre les sandales. Un brachiosaure au loin vous observe, une certaine bienveillance dans le regard, tandis que plusieurs de ses congénères broutent paisiblement les feuilles si délicates de ces arbres qu’ils affectionnent. Des oiseaux multicolores vous saluent de leurs sifflements mélodieux. Oui, vous les comprenez et ils vous remercient tous d’être là, d’exister.

    La brise légère et fraîche caresse vos oreilles. En cette heure matinale, ce souffle léger fait remonter dans votre estime la chaleur tremblotante des torches de l’antre où vous avez élu domicile.

    L’habitat qui semble avoir été creusé et que vous avez choisi pour passer la saison n’est pas très spacieux. Il laisse cependant suffisamment de place pour votre literie douillette et votre espace de création. Vous avez trouvé dans un recoin, la place pour poser votre établi et vos blocs d’argile. Ce dernier lieu se trouve bien sûr loin du vent de l’extérieur, car et c’est primordial, seul votre souffle doit envelopper vos modelages. C’est d’ailleurs un passe-temps si ancré en vous, que sans y penser vraiment vous retrouvez un morceau de cette terre malléable dans vos mains, à subir quelques pressions de vos gestes habiles. Une forme animale vient rapidement remplacer celle, chaotique qui était posée sur l’établi il y a encore quelques secondes.

    Un membre, deux, trois puis quatre. Pourquoi pas un cou et des cheveux… ah mince, vous réalisez que c’est encore un cheval qui se matérialise entre vos doigts. Vous adorez cet animal si gracieux. Mais qu’à cela ne tienne, vous prolongez son torse à la place du cou, puis deux membres supplémentaires de part et d’autres, sans oublier sa tête, son système respiratoire, nerveux, sanguin. Là ! Voilà. Elle est prête. La portant à vos lèvres, vous soufflez avec amour sur cette nouvelle créature.

    Doucement, la matière délicatement travaillée est entourée d’une myriade d’étoiles tandis que des tressaillements la parcourent. Vous posez cette nouvelle créature que vous nommez «Centaure», avec précaution sur le sol. Elle vous observe un instant en inclinant la tête sur le côté, plie une jambe et vous salue d’une révérence avant de s’éloigner en trottant. Elle bat maintenant des mains pour attirer l’attention de ses nouveaux camarades. Le comportement de la créature vous intrigue. Princier et joueur, il s’est mêlé aux autres avec une telle facilité que… et si ?

    Après avoir lissé votre moustache, c’est une autre poignée d’argile que vous malaxez maintenant, et une nouvelle vie s’anime à nouveau. Mais vous n’êtes pas satisfait et les êtres se succèdent : tantôt rampants, tantôt volants mais pas assez… ou trop…

    Puis c’est l’éclair de génie, la pensée qui change tout.

    Un autre morceau de cette terre si spéciale est déjà pétrie entre vos doigts et sous vos actions expertes, elle se transforme en quelques instants. La créature que vous inspire le centaure est d’une forme que vous n’avez encore jamais tentée.

    Ce sera un bipède cette fois. Forme que vous n’aviez tenté que pour les oiseaux jusqu’à présent.

    Vous le définissez comme un lémurien mais avec des yeux plus fins. Vous le dotez d’une peau similaire à celle des dauphins afin qu’il soit à l’aise sur terre et dans l’eau. Cette fois donc, vous privilégiez la station debout. Vous allez aussi essayer de lui donner un peu plus d’esprit que les autres… pour voir. Tout en soufflant doucement sur sa tête, plutôt que sur l’ensemble de son corps, comme pour les autres, vous tentez de lui insuffler une part de votre esprit, mais pas trop. C’est juste pour voir.

    Lorsque le scintillement se dissipe, elle commence à s’animer et une chose vous choque là, tout de suite : elle s’observe elle-même, se détaille de pied en cape. Vous la posez alors au bord de l’établi où elle s’assoit en vous regardant, d’un air amusé.
    – Salut, dit-elle. Tu es qui toi ?

    Surpris par cette interpellation, vos créatures n’ont jamais parlé, vous répondez un peu décontenancé :
    – Je ne sais pas, que veux-tu dire ? Je suis surpris, tu t’exprimes plutôt bien.
    – Ça me ravi de l’entendre je dois dire. Tu fais quoi là ? vous demande-t-elle.
    – Je m’adonne à mon passe-temps favori, le modelage. J’anime de l’argile que je façonne de diverses manières.
    – Suis-je aussi de l’argile ? dit-elle en vous tendant ses mains.
    – Oui.
    – Tu veux dire que c’est à toi que je dois d’exister ? D’être là !
    – Bien sûr, toi et tous les autres. Je vais te montrer, lui dites-vous en saisissant un bout d’argile.

    Tout en la surveillant d’un œil, et plutôt amusé d’avoir quelqu’un à qui parler, vous formez rapidement un oiseau que vous animez. Celui-ci s’envole, déployant ses petites ailes rougeoyantes en vous sifflant ses remerciements.

    Les yeux écarquillés, la petite créature parlante est maintenant debout. Curieusement, elle vous semble un peu plus grande que tout à l’heure. Elle sautille près de vous :
    – Ça a l’air facile, je veux essayer, dit-elle en se rapprochant de vous. Je parie que je fais mieux que toi du premier coup.

    Vous n’avez pas le temps de refuser ou d’écarter les tas de matière première, que la créature extrait un petit morceau de votre « terre de vie » et commence son ouvrage. Vous la laissez faire, curieux de voir le résultat. Elle s’active, tire, tord, malaxe, enfonce, appuie pour obtenir au final une forme… sans forme. Malgré vos protestations et vos conseils, la voilà qui, comme vous, souffle sur sa réalisation comme vous le faites habituellement. L’être qui s’anime ne peut bien évidemment pas se tenir debout car le centre de gravité n’est pas au bon endroit et les points d’appui sont trop différents. Les yeux ne sont pas finis et ses cris sont plaintifs.

    C’est la première fois que vous assistez à ce spectacle et l’attitude de cette « chose monstrueuse » vous attriste. Ces cris résonnent dans toute la grotte. Lorsque son petit créateur la pose sur l’établi, et avant que vous ne réagissiez, la chose claudique, tombe de la table de travail et s’écrase sur le sol. Désarticulée, baignant dans une petite flaque de sang, elle est maintenant entourée de plusieurs de vos créations qui affichent l’étonnement le plus total en vous regardant.

    Étonné, vous l’êtes aussi, car pas un modelage ne prend vie sans que vous ne le sachiez pertinemment viable. Or cette fois-ci, votre dernière création avait elle-même créé une créature, monstrueuse celle-là, et lui avait donné vie sans se soucier de lui fournir les fonctions vitales de base. Une créature qui crée… et mal en plus, c’était le bouquet.
    – Bon laisse moi maintenant, lui dites-vous agacé, j’ai à faire.
    – Non non non, pas question, vous dit-elle. je reste pour te corriger. Tu as l’air bien maladroit.

    « Contrarié », votre sang ne fait qu’un tour et vos yeux déjà bien rouges au naturel s’emplissent de colère. D’un geste rasant au dessus de l’établi, comme pour attraper une mouche endormie, vous éjectez le bipède hors de votre zone de travail. La force quelque peu disproportionnée dont vous usez, la fait littéralement exploser contre le mur comme une femelle moustique gavée de sang. Il existe une différence cependant… les moustiques sont utiles, eux.

    Vous entendez alors la mini assemblée qui vous observait, manifester sa joie d’une seule voix :
    – Et bim !

    Après avoir essuyé vos pattes, vous vous frottez la truffe et lissez vos grandes oreilles. Et alors que vous sortez vous aérer un peu, vos moustaches frémissent au vent… vous avez besoin de grignoter une ou deux carottes histoire de vous détendre un peu.

    Ah et puis, il faudra penser à créer une forme de vie à votre image, ça vous amusera probablement beaucoup !

    Eclairée par le soleil levant, une plaine d’herbe verte et lumineuse s’étend devant vous, gonflée par endroit de quelques monticules fleuris. Elle est parcouru des frémissements du vent matinal de cette nouvelle journée. Cette moquette végétale est parsemée de pâquerettes dodelinant des pétales. L’astre du jour à travers un ciel bleu sans nuage, darde ses rayons sur vos cheveux blancs et soyeux. Une multitude d’animaux en tout genre gambade joyeusement.

    Debout devant l’entrée de votre grotte, vous regardez ce spectacle frais et bucolique tandis qu’un troupeau de minuscules chevaux sauvages vous passe entre les sandales. Un brachiosaure au loin vous observe, une certaine bienveillance dans le regard, tandis que plusieurs de ses congénères broutent paisiblement les feuilles si délicates de ces arbres qu’ils affectionnent. Des oiseaux multicolores vous saluent de leurs sifflements mélodieux. Oui, vous les comprenez et ils vous remercient tous d’être là.

    La brise légère et fraîche caresse vos oreilles. En cette heure matinale, ce souffle léger fait remonter dans votre estime la chaleur tremblotante des torches de l’antre ou vous avez élu domicile.

    L’habitat qui semble avoir été creusée et que vous avez choisi pour passer la saison n’est pas très spacieux. Il laisse cependant suffisamment de place pour votre literie douillette et votre espace de création. Vous avez trouvé dans un recoin, la place pour poser votre établi et vos blocs d’argile. Ce dernier lieu se trouve bien sûr loin du vent de dehors, car et c’est primordial, seul votre souffle doit envelopper vos modelages. C’est d’ailleurs un passe-temps si ancré en vous, que sans y penser vraiment vous retrouvez un morceau de cette terre si malléable entre vos doigts, à subir quelques pressions de vos gestes habiles. Une forme animale vient rapidement remplacer celle, chaotique qui était posée sur l’établi il y a encore quelques secondes.

    Un membre, deux, trois puis quatre. Pourquoi pas un cou et des cheveux… ah mince, vous réalisez que c’est encore un cheval qui se matérialise sous vos yeux. Mais qu’à cela ne tienne, vous ajoutez un second torse, puis deux membres supplémentaires sans oublier sa tête, son système respiratoire, nerveux, sanguin. Puis le portant à vos lèvres, vous soufflez avec amour sur ce nouvel être.

    Doucement, la matière délicatement travaillée est entourée d’une myriade d’étoiles tandis que des tressaillements la parcoure. Vous posez cette nouvelle créature que vous nommez « Centaure », avec précaution sur le sol. Elle vous observe un instant en inclinant la tête sur le côté, plie une jambe et vous salue d’une révérence avant de s’éloigner en trottant. Elle bat maintenant des mains pour attirer l’attention de ses tout nouveaux camarades. Le comportement de la créature vous intrigue. Princier et joueur, il s’est mêlé aux autres avec une telle facilité que… et si ?

    Après avoir lissé votre moustache, c’est une autre poignée d’argile que vous malaxez maintenant, et une nouvelle vie s’anime à nouveau. Mais vous n’êtes pas satisfait et les êtres se succèdent : tantôt rampants, tantôt volants mais pas assez… ou trop… Puis c’est l’éclair de génie, la pensée qui change tout. Un autre morceau de cette terre si spéciale atterrit prestement au bout de vos doigts et sous vos actions expertes, elle se transforme en quelques instants. La créature que vous inspire le centaure est d’une forme que vous n’avez encore jamais tentée.

    C’est un bipède cette fois.

    Vous le définissez comme un lémurien mais avec des yeux plus fins. Vous le dotez d’une peau similaire à celle des dauphins afin qu’il soit à l’aise sur terre et dans l’eau. Puis vous privilégiez cette fois la station debout.
    Vous allez aussi essayer de lui donner un peu plus d’esprit que les autres… pour voir. Tout en soufflant doucement sur sa tête, plutôt que sur le corps, comme pour les autres, vous tentez de lui insuffler une part de votre esprit, mais pas trop, c’est juste pour voir.

    Lorsqu’elle commence à s’animer une chose vous choque là, tout de suite. Elle s’observe elle-même, se détaille de pied en cape. Vous la posez alors au bord de l’établi où elle s’assoit en vous regardant, d’un air amusé.
    – Salut, tu es qui toi ? demande-t-elle.
    Surpris de cette interpellation vous répondez un peu décontenancé :
    – Je ne sais pas, que veux-tu dire. C’est étonnant, tu t’exprimes plutôt bien.
    – Ca me surprend aussi je dois dire. Tu fais quoi là ? vous demande-t-elle.
    – Je m’adonne à mon passe-temps favori, le modelage. J’anime de l’argile que je façonne de diverses manières.
    – Suis-je aussi de l’argile ?
    – Oui.
    – Tu veux dire que c’est à toi que je dois d’être là ?
    – Bien sûr, toi et tous les autres. Je vais te montrer, lui dites vous en saisissant un bout d’argile.
    Tout en la surveillant d’un œil, et plutôt amusé d’avoir quelqu’un à qui parler, vous formez rapidement un oiseau que vous animez. Celui-ci s’envole, déployant ses petites ailes rougeoyantes en vous sifflant ses remerciements.

    Les yeux écarquillés, la petite créature parlante est maintenant debout. Curieusement, elle vous semble un peu plus grande que tout à l’heure. Elle sautille près de vous :
    – Ca à l’air facile, je veux essayer, dit-elle en tendant les bras vers vous. Je parie que je fais mieux que toi du premier coup.

    Vous n’avez pas le temps de refuser ou d’écarter les tas de matière première, que la créature extrait un petit morceau de votre « terre de vie » et commence son ouvrage. Vous la laissez faire, curieux de voir le résultat.
    Elle s’active, tire, tord, malaxe, enfonce, appuie pour obtenir au final une forme… sans forme. Et la voilà qui, comme vous, souffle sur sa réalisation comme vous le faites habituellement. L’être qui s’anime ne peut bien évidemment pas se tenir debout car le centre de gravité n’est pas au bon endroit et les points d’appuis sont trop différents. Les yeux ne sont pas finis et ses cris sont plaintifs.
    C’est la première fois que vous assistez à ce spectacle et l’attitude de cette « chose monstrueuse » vous attriste. Ces cris résonnent dans toute la grotte. Lorsque son petit créateur la pose sur l’établi, et avant que vous ne réagissiez la chose claudique, tombe de la table de travail et s’écrase sur le sol. Désarticulée, baignant dans une petite flaque de sang, elle est maintenant entourée de plusieurs de vos créations qui affichent l’étonnement le plus total en vous regardant.

    Etonné, vous l’êtes car pas un modelage ne prend vie sans que vous ne le sachiez pertinemment viable. Or cette fois-ci, votre dernière création avait elle-même créé une créature monstrueuse et lui avait donné vie sans se soucier de lui fournir les fonctions vitales de bases. Une créature qui crée… un comble, et mal en plus, c’était le bouquet.
    – Bon laisse moi maintenant, lui dites-vous agacé, j’ai à faire.
    – Non non non, pas question, vous dit-elle. je reste pour te corriger. Tu as l’air bien maladroit.

    « Contrarié », votre sang ne fait qu’un tour et vos yeux déjà bien rouge au naturel s’emplissent de colère. D’un geste rasant au dessus de l’établi, comme pour attraper une mouche endormie, vous propulsez le bipède hors de votre zone de travail. La force quelque peu disproportionnée dont vous usez, la font littéralement exploser contre le mur comme une femelle moustique gavée de sang.
    – Splash !
    Il existe une différence cependant… les moustiques sont utiles, eux.

    Vous entendez alors la mini assemblée qui vous observait, manifester sa joie d’une seule voix : « Et bim ! »

    Après avoir essuyé vos pattes, vous vous frottez la truffe et lissez vos grandes oreilles. Et alors que vous sortez vous aérez un peu, vos moustaches frémissent au vent… vous avez besoin de grignoter une ou deux carottes histoire de vous détendre un peu.

    Ah et puis, il faudra penser à créer une forme de vie à votre image, ça vous amusera probablement beaucoup !

  • « Jacob et le génie » – 3ème partie

    « Jacob et le génie » – 3ème partie

    Lire la seconde partie de Jacob et le génie

    Le 3ème voeu

    Je cherchais pendant des mois les moyens de sortir de ma cellule. Je tentais de soudoyer mes geôliers, de gratter le sol avec mes ongles, de déloger les pierres de la prison, de me faire passer pour mort… tout cela sans aucun succès. Avec le temps, mes cheveux et ma barbe s’entremêlaient, je commençait à devenir aveugle et mes muscles ne me portaient presque plus. Après quelques années, la vengeance s’étiola et je sus enfin ce que je voulais demander au génie, une idée tout neuve depuis ma chute :
    – Génie, cela fait des années que tu restes là à me regarder dépérir, attendant mon dernier vœu. Je pense qu’il est temps pour moi d’affronter la réalité. Le dernier vœu d’un homme comme moi, c’est d’être libre. La plus belle des libertés, celle ou l’on s’attache à rien, à personne. Génie, mon dernier vœu c’est de sortir d’ici.

    Dans la seconde, j’étais dehors, sur une plage que je ne connaissais pas, sans doute très loin de chez moi. Mes yeux me faisaient mal et mes jambes trop faibles se dérobèrent me laissant à genoux face à la mer. Le vent de l’océan fouettant mon visage démêlait mes cheveux et rafraîchissait ma peau. J’étais libre, enfin.

    Après quelques minutes à l’air libre, le génie s’est adressé à moi :
    – Ton dernier vœu vient d’être exaucé Jacob, tu es libre, dit-il souriant. Tu me dois maintenant un service.
    – Tu ne perd pas de temps dis moi, lui dis-je un peu estomaqué. Mais c’est vrai génie, c’était le marché. Que dois-je voler pour toi ? Lui demandai-je.
    – Rien Jacob, rien ni personne dit-il. Tu va juste prendre ma place dans la bouteille.

    Interloqué, il était hors de question que je perde cette liberté fraîchement retrouvée.
    – Il… il n’en est pas question, m’écriai-je, vieil escroc ! Jamais plus je ne vivrai enfermé. Que cela soit dans une prison, ou dans une bouteille. Je viens de découvrir le seul vœu qu’un être humain devrait formuler, celui de disposer de sa liberté. Tu vas devoir trouver quelqu’un d’autre j’en ai bien peur.

    Le génie ne sourit alors plus et me répondit :
    – A quel moment t’ai-je dit que tu avais le choix ?

    Sans avoir le temps de protester plus avant, ma vue se troubla, l’air devint lourd et je pus voir le génie, debout devant moi… immense. J’étais dans la bouteille, et lui non.

    Après quelques instants, il édicta les règles :
    – Tu exauceras les 3 vœux de la personne qui te fera sortir de la bouteille ou si tu ne sais pas qui c’est, de la première qui tiendras la bouteille devant toi, me dit-il, après quoi lui aussi devra te rendre un service.
    – Laisse moi sortir génie ! Hurlais-je, laisse moi sortir !
    – Tu es là dedans pour un certains nombre d’années Jacob. Moi-même ai dû patienter 234 ans, 3 mois et 25 jours avant que le destin ne te place sur mon chemin.
    – Et tu sais quoi ? Poursuivit le génie, si tu n’avais pas assommé la jeune femme, c’est elle que j’aurais vu la bouteille à la main et qui serai à ta place aujourd’hui.

    Dépité, je me pris la tête dans les mains et pleurais sur mon sort tandis que le génie disparu en marchant.



    Quelques jours plus tard un vieux chien qui jouait avec ma bouteille la lâcha dans un ruisseau, qui l’entraîna dans la rivière, qui la précipita dans l’océan.

    Cela fait maintenant 8 mois et 3 jours que je suis dans la bouteille.

    Flottant sous ce Soleil de plomb dans mon radeau de verre, j’attends mon destin… et je m’ennuie !

  • « Jacob et le génie » – 2ème partie

    « Jacob et le génie » – 2ème partie

    Lire la première partie de Jacob et le génie

    Les 2 premiers voeux

    – Ouh là, m’écriai-je en levant les mains pour stopper son laïus, tu n’as encore rien fait de tes promesses miraculeuses que tu veux déjà que je travaille pour toi ? Quel genre de service vas-tu me demander ?
    – Oh rassure-toi, répondit-il, rien qui ne soit au dessus de tes compétences.

    Ce qui me rendais nerveux à ce moment là, c’était son attitude. Quelques minutes plus tôt il regardait cette femme qui gisait au sol avec une certaine tristesse dans le regard, et il avait maintenant l’air réjouit, presque soulagé. Sans réfléchir une seconde de plus, mais sans y croire vraiment, je lui annonçais mon premier vœu sur le ton du défi :
    – Trois souhaits hein, rien que ça mon bon seigneur, m’exclamais-je dans une fausse courbette, eh bien voyons comment tu vas t’y prendre. Je veux devenir l’homme le plus riche du pays. Attention, je veux être plus riche que le Roi lui-même !

    Non content de ne pas se démonter, le génie prit un air entendu :
    – Devenir riche, répéta le génie… si telle est ta volonté alors riche tu seras.

    Après l’avoir vu faire quelques passes obscures avec les mains, je restais sans voix quand un coffre de 20 pouces de haut apparut à mes pieds. Il était visiblement très ancien. M’attendant à quelques tours vicieux, je fis sauter le couvercle avec le pied. Non seulement il ne se passa rien de fâcheux, mais je pus constater en plus qu’il était rempli de pièces d’or. C’était fantastique… inimaginable. A genoux les mains dans le coffre, il me fallut quelques minutes pour me remettre. Je remerciai néanmoins le génie avant de la quitter pour placer mon fabuleux butin en lieu sûr.

    Grâce à cette fortune, je me suis d’abord procuré une nouvelle livrée, la même que les gentilshommes que je dépouillai hier encore. Puis je m’achetai une maison, très grande, très belle sur la colline, avec une jolie vue sur la ville. On la voyait de très loin. J’y invitai ma famille, mes compagnons et ensemble nous dilapidions cet or dont personne d’autre que moi ne savait rien.

    Avec le recul, je me rends compte que j’étais bien naïf de penser que les cadeaux pour mes hôtes seraient suffisants à les satisfaire. Tous me questionnaient sur le secret de cette abondance et tous furent plus que prolixes en conseils de toutes sortes sur les meilleurs façons d’en user.

    Quelques semaines plus tard, alors que j’allais me réapprovisionner en monnaie sonnante et trébuchante là ou j’avais caché mon vieux coffre tout neuf, je tombais dans une embuscade. Je dû bien malgré moi sous la torture, avouer ou il se trouvait. Malgré la douleur, je résistais cependant à la tentation de faire intervenir le génie que j’avais compris être le seul à voir. Le second vœu qui me brûlait alors les lèvres était simple : tous les massacrer. Seul, lardé d’incisions et parsemé d’ecchymoses en tous genres ils me laissèrent cependant en vie sans que je prononce le voeu mortel.

    Je me réfugiais dans les champs hors de la ville. Blessé mais sauf malgré tout et désormais à l’abri, j’avais en tête de récupérer mon coffre et de me venger. Je pris le temps de bien réfléchir cette fois, plusieurs jours durant, et ordonnait finalement au vieil homme en robe de réaliser mon second vœu :
    – La richesse est trop matérielle, avouais-je, elle peut être dérobée. Je veux quelque chose qu’on ne me volera pas. Je veux le pouvoir. Génie lui dis-je totalement décidé, je veux devenir Roi de ce pays.
    – Si tel est ton désir maître Jacob, répondit le génie un sourcil levé, tu es Roi !

    Je me retrouvais instantanément assis sur le trône, dans cette salle que je n’avais vu que sur les tapisseries de la salle du tribunal que j’avais fréquenté plus souvent qu’à mon tour. Des gens étaient inclinés devant moi, et je savais quels étaient les mots qu’on attendait de moi à cet instant :
    – Faites servir le repas, criai-je, j’ai faim !

    Ce que je n’avais pas dit à mon faiseur de miracle personnel, c’est qu’une fois Roi, je lancerai la garde sur les traîtres qui m’avaient torturés, les jetterai en prison, les torturerai, puis les exécuterai… enfin. Je récupérerai mon bien et, cerise sur le gâteau, accéderai au trésor royal. J’édicterai ensuite des lois pour dissoudre la guilde des voleurs et remercierai grassement ma famille.

    Plus rien ne m’arrêterai.

    Je commençai donc à user et abuser de ce nouveau pouvoir qui m’était conféré, le génie toujours à portée de vue, lissant sa barbiche, prêt à réaliser mon dernier voeu. Grâce à la milice, je récupérais mon coffre comme je le prévoyais, offrais des terres à mon ancienne famille de voleurs et leur donnais le poste des ministres, faisant bannir les précédents par précaution hors de mes frontières. Puis je fis découper mes ennemis, sur la place publique afin que tous sachent qui était à l’origine de leurs nouveaux malheurs.

    Bien entendu, peu de temps après, le pays s’est enfoncé dans une pagaille atroce que nous aggravions ma famille et moi-même, jour après jour par des décisions dépourvues de toutes réflexions à moyen ou long terme (le court terme n’étant pas de la politique, mais des réactions à des stimuli émotionnels). La politique ne s’appréhende pas si facilement quand on y est pas vraiment préparé.

    Les anciens ministres réagirent bien évidemment et avec l’aide d’un pays allié, fomentèrent un coup d’état. Après la réussite totale de leur plan, que je n’eus pas la présence d’esprit de contrer, ma famille et moi fument envoyés en prison. La vie de la cour pouvait enfin reprendre entre gens de bonne compagnie. La fille du vieux Roi défunt fut placée sur le trône en attendant la majorité de son fils (dont on ne me reconnu jamais comme le père), et tout rentra dans l’ordre.

    Je ne pensais qu’a une chose : me venger encore et à ce titre ne souhaitais utiliser mon dernier vœu que dans la réalisation de cette vengeance.

    Lire la troisième partie de Jacob et le génie

  • « Jacob et le génie » – 1ère partie

    « Jacob et le génie » – 1ère partie

    Cette nouvelle pourrait être la partie zéro de « Entretien avec un génie » rédigée plus tôt, mais je ne suis pas sûr.

    La rencontre

    Sous un Soleil de plomb, en pleine mer, je flotte.

    Comme sur un radeau, sous le vol des mouettes, je m’ennuie.

    Je me nomme Jacob « Jambes courtes ». Je ne porte pas ce nom parce que j’ai des membres inférieurs réduits, mais parce que mes camarades me battaient toujours à la course. J’ai été élevé dans une maison où j’appelais tous les enfants présents mes « frères et sœurs » sans vraiment savoir si nous avions réellement un lien de parenté. Mes « parents » n’eurent jamais la moindre attention affectueuse envers moi et pour cause, j’appris à mon adolescence qu’ils faisaient partie de la guilde des voleurs du pays et que je leur avait été confié vers mes 6 ans. Mes parents biologiques m’avaient vraisemblablement vendu pour quelque argent afin de sortir temporairement de leurs misères.

    Une fois dans cette guilde, les enfants comme moi sont formés à divers métiers : certains deviennent des mendiants estropiés, d’autres des voleurs, d’autres encore deviennent des assassins… pour les rares « talentueux ». Je suis pour ma part devenu voleur. Un peu sournois et sans aucune attache, j’ai rapidement développé un certain « doigté » pour les finances d’autrui. Vif et silencieux, je ne m’encombre pas de scrupules inutiles.
    Après tout, si je peux accéder à votre bourse, c’est que vous n’y tenez pas vraiment.

    J’ai pas mal roulé ma bosse à travers le pays, dépensant rapidement l’argent gagné avant que la guilde ne prélève ses trop gros intérêts. A une époque, j’ai même eu une femme et des enfants. Ma femme n’a jamais compris l’intérêt de se faire payer quand je la collais dans les bras de riches usuriers et mes enfants ne me rapportèrent jamais suffisamment pour les nourrir… même avec une jambe cassée. J’ai donc décidé de me séparer du lot, 2 ans après la naissance des enfants, dans un bordel de la capitale.
    On ne m’y reprendra plus !

    Cependant ma vie bascula réellement le jour ou je traquais une « cliente » potentielle.
    Je suivis cette jeune femme, seule, dans une ruelle sombre… que du bonheur. Elle tenait une bouteille à la main et venait probablement de jeter une cigarette car une légère fumée s’élevait du sol à côté d’elle. M’approchant discrètement je l’assommais net. Mais au moment de la dépouiller de ses biens et de sa… vertu, dans la foulée, je vis un vieil homme près de moi que je n’avais pas remarqué quelques secondes plus tôt.

    jacob_le-genie

    Ce dernier, vêtu d’une lourde robe de velours d’un bleu profond, ressemblait à un forain. Son visage fin et basané était fortement ridée. Sa peau foncée permettait à sa fine moustache noire et tombante ainsi qu’à son bouc en pointe de s’affirmer pleinement. Il vit la jeune femme inconsciente au sol et me regarda longuement les yeux plissés, lissant sa barbichette. Puis, songeur, il regarda la bouteille qui gisait près d’elle. Sur l’instant, je cru qu’il s’apprêtait à me donner une leçon comme cela m’arrivait quelques fois les jours de malchance, mais il s’assit près du flacon vide et resta là sans bouger. Voyant qu’il ne réagissait pas, je compris que j’avais affaire à un benêt, et me mis en devoir d’appliquer une fouille « minutieuse » à la dame. Après l’avoir dépossédée de ses quelques biens, j’allais me soulager entre les reins de l’endormie, quand je me rappelais l’idiot assis près de moi. Je me rhabillais donc quelque peu frustré (on peut être sans scrupules et un peu pudique quand même… non ?).
    Également doté d’un certain sens pratique, je ramassais la bouteille sous le nez du débile. Elle ne manquait pas d’un certain cachet et je devais pouvoir en tirer quelques pièces, même vide comme c’était le cas.

    Quelques mètres plus loin je remarquais que le benêt, décidé à bouger s’était mis en tête de me suivre, et alors que je me retournais pour le faire fuir, il pris la parole :
    – En ramassant cette bouteille, dit-il lentement, tu en es devenu le propriétaire. En devenant le propriétaire de la bouteille, tu es devenu mon maître, ajouta-t-il un sourire au coin des lèvres.
    Je suis un génie maître Jacob et je vais réaliser 3 de tes souhaits les plus chers.
    – Puis tu me rendras un service, ajouta-t-il pour finir en souriant.

    Lire la seconde partie de Jacob et le génie

  • « Entretien avec un génie » 1ère partie

    « Entretien avec un génie » 1ère partie

    Dans sa bouteille depuis plusieurs centaines d’années, Génie flottait mollement sur l’océan depuis qu’une tortue luth l’avait délogé de son trou d’un coup de nageoire pour pondre sur la plage. Il s’occupait depuis de la meilleure façon qui soit pour un homme de 25 cm coincé dans un récipient hermétique : la méditation. Il observait ainsi le ciel au travers de la paroi épaisse du flacon translucide, chaque jour qui passait, en attendant d’être découvert.

    Sur une mer un peu plus torturée que les autres jours, au loin, il vit un bateau faire son apparition.
    Contrairement aux autres, celui-ci avait une trajectoire qui pourrait permettre à Génie d’être aperçu. Malgré la puissance extraordinaire qu’il avait en sa possession, il ne pouvait cependant pas forcer le destin et dû donc attendre que le hasard veuille bien lui offrir l’opportunité d’être découvert par un des marins du bord, avide de richesses, de conquêtes féminines et de grandeur. Le bateau passa en fait si près de la bouteille que celle-ci fut entraînée par les tourbillons entourant la coque. Aspirée vers le fond, la flasque cogna et roula sous la quille, et arrivée à la poupe passa à deux doigts des hélices.
    – Tiens et si elle se cassait ? se demanda Génie.
    Puis la bouteille fut embarquée par les mailles du filet et les heures suivantes ne lui permirent d’observer que les fonds marins et les poissons pris au piège.

    Puis, Génie vit les fonds remonter, passer de rocailleux à sableux et se parer d’étranges merveilles : d’étonnantes roues creuses et noires, des carcasses de ce qui lui semblait être des véhicules, d’autres bouteilles comme la sienne, mais dans une matière moins solide et même des pièces de squelette humain… bref, un souk sous-marin fantomatique, décoré d’algues dansantes en tous genres.

    Alors que Génie s’attendait à tomber dans ce capharnaüm oublié par le temps, il se sentit soulevé. La lumière jaillissante l’éblouit un court instant. Lorsqu’il pu distinguer à nouveau son environnement, son logis de verre soufflé se trouvait cette fois à une dizaine de mètres au dessus d’un port. Très différent de ce qu’ils étaient dans son souvenir, il ne put y voir aucun 3 mâts, ni aucune galère. En revanche, Génie découvrit des vaisseaux d’une taille extraordinaire entièrement faits de métal, manœuvrant des filets géants emplis de poissons. Prodigieux.

    Soudain, plusieurs secousses firent danser sa bouteille et elle se décrocha brusquement du cordage ou elle était accrochée. Une pensée fugace pour ses voisins à écailles lui traversa l’esprit. Ils passaient probablement là leurs dernières heures avant macération dans une soupe.

    Le sol arrivait vite. Génie serra les mâchoire en attendant le choc :
    – Cassera, cassera pas ? Mais sa chute fut amortie par un amas de cordages roulés là pour un usage ultérieur. Bon ! Dit-il résigné. Pas encore pour cette fois.

    Planté là au sein du chanvre enroulé, il soupira, s’assit dans le fond de sa bouteille et attendit en regardant le goulot. La patience était la première leçon apprise par Génie et il avait quelques siècles de pratique. Il sentait cependant que l’heure était proche où il serait découvert.
    – Demain, je prend l’air ! Sourit-il.

    Il fût réveillé abruptement et n’eut que quelques secondes pour émerger de son sommeil car la bouteille… venait d’être frottée.
    Un personnage au visage ridé, à l’odeur forte et au nez rougi par des années de vinasse le regardait d’un air ahuri :
    – Qu’eeeeeeest-ce que c’est que… ?
    – Bonjour, commença Génie rôdé sur la procédure, Grâce aux pouvoirs immenses que je détiens sur le temps, la matière et l’espace, le geste que tu viens de faire fait de toi l’homme le plus puissant de ce monde, continua-t-il. En effet, je ne peux désormais plus te quitter avant d’avoir exaucé 3 de tes vœux les plus chers. Ordonne, finit-il en exécutant une petite révérence, et j’obéirais !

  • Dernière nouvelle : « Quand ça veut pas… ! » Fin

    Dernière nouvelle : « Quand ça veut pas… ! » Fin

    « Quand ça veut pas… ! », 1ère partie
    « Quand ça veut pas… ! », 2ème partie

    Les bras mécaniques des modules 2 et 3 du Grappler n’aurait pas pu maintenir ce caillou géant. Mais en fin de compte, accroché là, il n’en serait que plus facile à ramener dans les hangars de la « Mineral Society ». Le patron devrait le lâcher un peu.

    quandcaveutpas_illus-01– Jamiiiiiiie, hurla-t-il après quelques minutes de réflexions, vérifie qu’on est toujours dans les clous par rapport au plan de vol.
    – Je termine à l’infirmerie et je m’y mets mon Capitaine, répondit James.
    – HAL ! reprit Silver.
    – Bonjour mon Capitaine ! clama l’ordinateur.
    – Calcule 20 trajectoires envisageables pour un retour sur Terre sans… il chercha le mot adéquat pour obtenir la bonne réponse de la machine… pour un retour sur Terre sans dommages : arrivée dans 4 heures maximum, demanda-t-il, présentation du rapport dans 5 mn.
    – Bien mon Capitaine.

    Après que James et Silver eurent étudiés les correspondances entre les calculs du second pilote et ceux de HAL, ils se mirent aux commandes du vaisseau et se fixèrent à leurs fauteuils.

    Solennel, Franck Mortimer tourna la tête et s’adressa au jeune homme :
    – Lieutenant James Willburn, vous prendrez les commandes, tandis que je m’occuperais des esquives et autres dangers potentiels au cours de notre entrée dans l’atmosphère. Nous rentrons à la maison avec un colis si gros, qu’ont parlera encore de nous dans 10 ans, ajouta-t-il un sourire en coin.
    – A vos ordres mon Capitaine, souffla James souriant. Pas mécontent si je puis me permettre. Je n’avais jamais participé à une mission aussi… déprimante.
    – Moi non plus mon garçon, confirma Silver, moi non plus. Nous ramè…

    Silver ne put poursuivre sa phrase car deux choses se passèrent simultanément sous les yeux de son subalterne :
    Tout d’abord, plusieurs objets volants non-identifiés traversèrent le « pare-brise » du Grappler ce qui déclencha une nouvelle tempête intérieure.
    Et dans le même temps, James vit l’arrière de la tête de Silver éclater, éclaboussant de son contenu tout un pan du poste de pilotage.
    Les dizaines de petits éléments composant le matériel du vaisseau, se précipitèrent vers la cabine de pilotage comme si, doués de vie propre, ils avaient d’un commun accord, décidés de sortir de l’appareil par l’avant.

    A ce moment précis, la mort de son supérieur n’était pas la priorité de James. Il se précipita vers les armoires, récupéra un masque de rechange et le plaqua sur son visage. Se faisant, il jeta un coup d’oeil à Silver. Il était affalé sur son siège, ballotté par la dépressurisation de la cabine mais toujours attaché. Son masque était brisé au niveau du front et l’arrière de sa tête laissait entrevoir ce qu’il restait de son cerveau.

    Une envie de vomir le pris, car d’une part le spectacle offert par son passager inerte était plus qu’écoeurant, et d’autre part, il venait de prendre conscience qu’il avait échappé de justesse à la mort.
    – HAL ! Isole le poste de pilotage, cria-t-il.
    – Bien mon Capitaine ! Répondit l’IA, inconsciente du changement d’interlocuteur.
    Aussitôt le sas du cockpit se referma et James se retrouva seul avec Mortimer. Il savait qu’une fois la pièce vidée de toute son oxygène, le calme reviendrait dans le vaisseau. Mais il savait aussi qu’il ne pourrait plus compter que sur les maigres réserves d’oxygène de sa combinaison… déjà bien entamées par la première fuite.

    D’après l’orientation du Grappler, il estimait qu’il se trouvait dans le bon axe. Une belle courbe bien tangente à la Terre afin de minimiser les échauffements sur la coque. Il fallait être délicat s’il voulait ramener le géocroiseur AD234 sur Terre.

    Après quelques minutes, et alors que la navette entrait dans l’atmosphère, l’oxygène avait complètement quittée la cabine de pilotage. Les quelques instruments qui n’avaient pas été éjectés hors du vaisseau flottaient maintenant mollement autour de lui. Pas pour longtemps car la gravité de la Terre reprendrait rapidement le dessus et les clouerait au sol dans quelques secondes.

    James éreinté et fort secoué, s’accrochait aux commandes et à la compréhension des instruments de navigation. Rester concentré pour ne pas faiblir était le plus important car l’oxygène de la combinaison manquait déjà et le second pilote sentait ses forces le quitter.

    Les parois de la navette commencèrent à trembler tandis que l’appareil s’échauffait en pénétrant dans l’atmosphère. La température intérieure grimpa rapidement. James sentait son esprit vaciller, la fatigue l’envahir, il ne tiendrait pas.
    Le Grappler survolerai le Brésil dans quelques secondes puis les Etats-Unis, juste après cette grosse masse nuageuse en formation, grise et tournoyante. Surtout rester éveillé. Il se mit à penser qu’il faudrait vraiment établir la liste des dysfonctionnement de HAL car ce dernier… pas inclus l’orage… dans calculs.
    Il redressa brusquement la tête en ouvrant les yeux et comprit qu’il venait de s’endormir. Combien de temps ? Peu importait. Le Grappler avait déjà pénétré dans la surprise météorologique.

    Le vaisseau se remis à trembler et la direction devint plus compliquée à tenir.
    Des éclairs commencèrent à zébrer le ciel devant lui et la carlingue fut secouée violemment. Les tremblements furent tels que d’un coup, James sentit très nettement la masse de la navette s’alléger. L’écran de contrôle des instruments du Grappler lui confirma son impression : le module 4 s’était détaché. Le jeune lieutenant savait que désormais, AD234 ne faisait plus parti des bagages du Grappler et qu’il chutait. Il allait s’écraser quelque part au Brésil. Il n’eut cependant pas le loisir de s’apitoyer sur le sort de cette météorite importée car l’orage était de plus en plus féroce et devenait déroutant. Les couleurs des nuages viraient au bleu, mauve et noir. Était-ce sa propre perception qui lui jouait des tours ? Ce qui l’inquiétait le plus pourtant c’était que l’oeil du cyclone n’était pas dirigé vers le sol, mais vers lui. C’était unique. Ce trou béant d’un noir profond lui faisait face comme la gueule d’un monstre gigantesque et magnifique prêt à le dévorer.

    A la vitesse ou il allait, il savait qu’il ne pouvait rien faire pour modifier sa trajectoire car le vaisseau était prévu pour manoeuvrer dans l’espace, pas dans l’atmosphère terrestre. De plus en plus faible, le corps lourd et les paupières mi-closes, il enclencha le pilote automatique et s’accrocha du mieux qu’il pouvait à son siège espérant que le pilote automatique le sortirait de cette situation.

    Avant de s’effondrer, dans un souffle inarticulé, James Willburn, second pilote et lieutenant du Grappler bafouilla fébrilement :
    – A… terri-saaaage… uuuuur-gent.

    Immédiatement, HAL à l’écoute, enclencha le processus sur un ton dynamique :
    – Bonjour mon capitaine !

    Son dernier regard fut pour ce désert qu’il ne connaissait pas, en lieu et place de la forêt amazonienne. Puis ce fût le noir.

    – Paaaraaachuuute… sooooortiiiiiis !
    – Paaaraaachuuute… sooooortiiiiiis !
    Ce sont les paroles déformées de HAL qui le réveillèrent. En les entendant, James savait pourquoi il s’en était tiré. Quel miracle. Quoi qu’il en soit lorsqu’il ouvrit les yeux, il avait la tête en bas. Son arcade sourcilière s’était ré-ouverte et le sang lui brouillait la vue. L’air était chargé de fumée et le fit tousser… il devait rapidement sortir d’ici s’il ne voulait pas mourir étouffé.

    Après avoir coupé HAL et s’être extrait du Grappler il se dirigea vers les hangars. HAL avait finalement bien exécuté sa dernière tâche et l’atterrissage s’était fait au bon endroit.
    Pourtant, après quelques secondes de marche, il s’arrêta net et observa le tarmac. Ce dernier donnait l’impression de n’avoir pas été entretenu depuis des années. Il scruta alors les alentours et à l’endroit ou il aurait dû trouver une ville, James ne vit qu’un paysage dévasté. Des bâtiments qu’il connaissait bien étaient à moitié en ruine. Que c’était-il passé ? Ce n’était peut-être pas le bon endroit après tout.

    Il poursuivit sa marche vers ce qu’il croyait être les hangars. A son approche ils se révélèrent certes complètement rouillés mais arboraient les inscriptions familière à James. Il y entra donc et se dirigea vers la salle des radars. Il la trouva à l’endroit ou elle devait être.

    En arrivant dans cette pièce gigantesque il découvrit un endroit abandonné, sans doute depuis des années, ce qu’il savait être impossible puisque Silver et lui-même avaient décollés de cet endroit 3 semaines plus tôt. Des débris pourrissant jonchaient pourtant le sol et les écrans poussiéreux confirmèrent que tout cela ne datait pas d’hier.

    Au détour d’un bureau, un journal attira son attention. Il le déplia lentement, curieux et lu le gros titre qui l’assomma :
    – « L’HUMANITE CONDAMNEE. », et l’article qui suivait ne le rassura pas :
    – « Après 3 ans de lutte acharnée de la part de la communauté des médecins de la planète, les scientifiques se résignent. Le docteur Henry P. Johnson déclare : « Nous sommes désarmés face à la bactérie AD234. Ce premier contact avec la vie extra-terrestre, tant recherchée depuis si longtemps, nous détruira tous… jusqu’au dernier. »

    Une note de bas de page expliquait : « La bactérie AD234 avait été nommée ainsi parce que transportée et ramenée sur Terre grâce au rocher AD234 jusqu’alors en orbite. Celui-ci s’était écrasé 3 ans plus tôt dans un stade brésilien le 16 avril 2024. Il tournait autour de la Terre avec pour seul danger de potentielle collision avec nos satellites de communication, jusqu’à ce qu’une société de ramassage l’envoie sur Terre. Un problème informatique n’avait pas permis de le récolter dans de bonnes conditions. La navette avait disparu sans laisser de trace après l’incident. »

    Après avoir lu les derniers mots, il regarda la date du journal et chancela.
    – « 7 décembre 2027… C’est impossible ! S’écria James,.
    Tremblant, ces yeux finirent par se poser sur l’horloge accrochée au mur. Elle indiquait 2037… 10 ans après la parution du journal et 13 ans après l’accident du Grappler qui avait tué Franck Mortimer. Il fallait se rendre à l’évidence, l’orage qu’il avait traversé n’avait pas été qu’une simple aberration météorologique, mais un pont d’Einstein-Rosen… autrement dit, un trou de ver (1).

    Comment et pourquoi ? Il n’en avait aucune idée, mais il avait franchis les barrières du temps pour se retrouver 13 ans après le largage accidentel du rocher :
    – Tout cela est donc de ma faute, admit-il catastrophé. Et me voilà sans doute le denier survivant de la race humaine ! se dit-il abasourdit.
    Toute sa famille, ses amis, ses voisins… tous avaient disparus, morts à cause d’un logiciel conçu pour les mauvaises raisons et dotés des mauvaises fonctions. Assis par terre, recroquevillé sur lui-même, il pleura longuement.

    Ses larmes séchées et une fois l’impossible situation admise il se résigna :
    – Je vais me mettre en route pour trouver les autres. Je ne suis peut-être pas le dernier. Peut-être pourrons-nous tout recommencer ?

    Alors qu’il croyait avoir compris et qu’il était sur le point de se reprendre pour aller de l’avant, son regard glissa sur ses doigts. Des tâches noirâtres étaient apparues sur sa peau. Elles couvraient même ses deux bras. Il frotta ces nouvelles traces de poussières, mais sa peau s’arracha sous le frottement, comme la pelure d’un méchant coup de soleil. Manifestement la bactérie était toujours là… hautement virulente, et personne n’avait eu la chance de recommencer quoi que se soit.

    La race humaine s’éteindrait avec lui.

    Annexe
    (1) – Un trou de ver est une déformation de l’espace-temps. Pour se représenter un trou de ver, imaginez un mètre ruban (1mètre = cent centimètres) qui mesurerai des années et non des centimètres (1 siècle = cent ans). Il faut donc parcourir cent ans pour aller d’un bout à l’autre de ce « siècle ruban ». Roulez-le sur lui-même et il vous faudra désormais moins d’un an pour aller de la première année à la centième.

  • Dernière nouvelle : « Quand ça veut pas… ! » 2ème partie

    Dernière nouvelle : « Quand ça veut pas… ! » 2ème partie

    « Quand ça veut pas… ! », 1ère partie

    Voyant la réaction désespérée de James, Silver passa rapidement en revue ce qu’il avait sous les yeux : des cartes de la Lune ou ils auraient dû se rendre avant la fin de la mission, des stylos, des écrans de formes multiples affichant des informations alarmantes sur la situation, des combinaisons spatiales pour les rares sorties qu’ils avaient à faire, une arme à feu qui se trouvait plus là pour obéir à un cahier des charges que par nécessité, des placards fermés contenant de la nourriture lyophilisée ainsi que de la vaisselle en plastique végétal, des outils en tout genre et d’innombrables équipements scientifiques embarqués. Ces derniers étaient présents en grand nombre car c’est grâce à eux que l’on obtenait les subventions nécessaires au financement de la « Mineral Society » et de ses vaisseaux. « Des » vaisseaux ? Oui, il y avait en orbite autour de la Terre en ce moment même, plusieurs dizaines de Grappler exécutant leur missions sans aucun soucis, doté du même HAL débile.

    Mais alors que la fatalité l’envahissait, ses yeux revinrent vers l’arme à feu et un éclair lui traversa l’esprit.
    – Peut-être que ça marcherait… se dit-il. Il te faudrait une poussée latérale pendant combien de temps pour cette esquive ? demanda Silver en sautant de son siège.
    – Ou voulez-vous en venir mon capitaine ? Il nous reste moins de deux minutes vous savez, dit James en levant la tête. Voyant que le capitaine ne réagissait pas il poursuivit :
    – En admettant que nous ayons un propulseur de plus sous la main, il nous faudrait l’équivalent d’un bon coup de pied pendant… 30 secondes sur la gauche de la navette, termina-t-il curieux.
    – Alors tu as moins de 30 secondes pour t’habiller chaudement, cria le capitaine, la température intérieure va chuter rapidement et on va vite manquer d’air.

    Sa phrase terminée, il était déjà devant l’armoire ou se trouvait leurs combinaisons, des scaphandres légers et moulants munis de respirateurs intégrés aux tissus de la combinaison. L’époque des bouteilles lourdes et encombrantes étaient révolues depuis 2 ou 3 ans déjà et c’était tant mieux. On avait gagné en manœuvrabilité. Le hic, c’est qu’on avait aussi perdu en autonomie…. ce dont ils auraient justement besoin dans les prochaines minutes.
    Tout en chaussant cette seconde peau, il actionna quelques commandes sur le tableau logistique ce qui interloqua son second :
    – Puis-je savoir ce que vous faites avec l’oxygène mon capitaine ? demanda le second pilote Willburn en enfilant son équipement fébrilement.
    – En amenant plus de gaz, j’augmente la pression intérieure du Grappler, répondit Silver. Tu vas l’avoir ton propulseur de secours.

    Il fallut quelques secondes à Jamie pour comprendre où son supérieur voulait en venir. Et il fut définitivement fixé sur son intention quand il le vit vérifier le fonctionnement de l’arme de bord :
    – Vous n’allez pas faire ça… mon capitaine ? demanda-t-il inquiet.
    La tension nerveuse qui transpirai dans la réponse de Silver était palpable :
    – Tu vois d’autres solutions p’tit gars ?
    Tout en finissant de mettre les gants de sa propre combinaison il alla chercher le poste à souder dans l’armoire technique :
    – Au cas ou ça marche et si on est toujours en vie, dit-il en haussant les épaules, il va falloir reboucher le trou.

    Une fois les deux hommes habillés, le capitaine Franck Mortimer regarda le petit point au loin qui allait les désintégrer. A travers le large plastique de son masque, il laissa son regard errer quelques secondes… passa sur Jamie… puis il arma son pistolet.
    Levant le bras lentement, il visa soigneusement un partie de la paroi qui, primo pourrait être trouée facilement et deuzio qui se trouvait au bon endroit pour donner la poussée qui leur fallait, dans le bon sens.

    TOP !

    Une impulsion électrique venant du cerveau du capitaine donna l’ordre à ses muscles de se contracter. La dernière phalange de son index droit contrainte au mouvement, se plia alors et pressa la détente du pistolet. Le mécanisme libéra le chien de l’arme qui frappa le percuteur. La fine et longue tige métallique percuta le fond de la cartouche. La poudre qu’elle contenait, comprimée, s’enflamma et explosa, expulsant la balle dans une déflagration assourdissante vers la seule issue possible : le canon.
    Le 9mm cracha son projectile véloce et brûlant. Après un très court voyage dans le vide de la cabine, le métal chauffé à blanc par la vitesse, transperça la paroi aussi facilement qu’une feuille de papier se déchire sous les doigts d’un enfant. Sans ralentir une seconde il poursuivit sa route dans l’infini de l’espace, pour un voyage vers l’infini… pour peu qu’il ne rencontre aucun obstacle.

    Sitôt la paroi gauche trouée, la réaction du vaisseau fut ultra violente. La fuite d’oxygène, propulseur temporaire, le fit pivoter brusquement vers la droite, déséquilibrant les deux hommes. Puis, comme les coureurs d’un 100m qui n’attendaient que le signal du départ, tout ce qui était à proximité de l’ouverture et qui n’était pas ancré à la navette se précipita vers le trou. Endommagé par les impacts multiples qu’elle subissait, l’ouverture s’élargit laissant s’échapper la plupart des petits objets du Grappler. La blessure du Grappler s’agrandie sous les assauts du matériel fou et l’aspiration s’amplifia, projetant des objets plus volumineux vers ce nouvel orifice.
    – Aie ! Pas prévu ça, songea Silver. Trop fragile la carcasse.

    Le matériel volait en tout sens griffant les parois du vaisseau et endommageant les instruments. La fuite excessive d’oxygène déclencha la fermeture automatique des 3 sas du vaisseau.
    D’un coup, tout retomba. Car au même moment une plaque de métal s’était mise en travers du trou, bloquant désormais la fuite de gaz… La propulsion supplémentaire avait-elle été suffisante ?
    Ils le sauraient dans quelque secondes mais c’était trop tard pour imaginer autre chose, l’astéroïde tueur était sur eux.
    3… 2… 1…

    La masse rocheuse passa devant les fenêtres latérales du cockpit en tournoyant, masquant la lumière du soleil. Les deux hommes retinrent leur souffle. Dans les combinaisons, on sentait la sueur et le stress. Le cockpit ne serait pas vaporisé.

    Puis seulement, vint l’impact.
    Les deux hommes furent projeté violemment contre une des parois. James n’eut pas le temps de se protéger et son masque se brisa sur une des étagères qui longeait la coque. Le plastique transparent vola en éclat pénétrant profondément dans son arcade gauche. Ils retombèrent tous deux mollement sur le sol de la cabine. Un terrible tremblement répercuté dans tout le Grappler se fit ressentir qui sembla durer de longues minutes… et le silence.

    Un silence perturbé par de longs craquements, sinistres et inquiétants.
    – HAL ! Appela le capitaine au travers de son masque.
    – Bonjour mon capitaine !, répondit la machine.
    – Je veux un check up des données vitales du Grappler.
    L’ordinateur de bord énuméra aussitôt les problèmes… nombreux. Le listing terminé, au cours duquel ils apprirent que le module 4 était totalement HS, Silver aboya sur son second pilote :
    – Jamie, file au module 3 voir ce qu’il se passe.
    – Bien mon capitaine, répondit le jeune homme sans délai.

    Faisant fi de sa blessure qui l’aveuglait partiellement, il se débarrassa de son masque brisé désormais sans visière. il ne lui servait plus à rien.

    Il ouvrit le premier sas.
    Le module 2, dans lequel se trouvait le bras articulé servant à récupérer les épaves de satellites semblait indemne même si le matériel d’expérimentation était éparpillé dans tout le module.
    Rien à signaler.
    James se dirigea prudemment vers le sas menant au module 3. Quand, au travers du hublot, il vit la lumière hésitante qui résidait à l’intérieur, il stoppa son élan quelques secondes, mais décidé et confiant dans sa combinaison, il ouvrit le second sas.
    Si ce n’était la lumière chevrotante, le module 3 était beaucoup moins inquiétant que son prédécesseur. En effet aucun désordre ne marquait les lieux. Sur ses gardes, il se sentait dans l’oeil du cyclone et appréhendait la tempête à venir.
    Il approcha de la petite fenêtre ronde du module 4. Ce hublot allait-il lui révéler un abominable monstre de l’espace prêt à le dévorer ? Un vortex spatio-temporel l’enverrai-t-il jusqu’au temps des dinosaures ?
    Prenant son courage à deux mains, il jeta un oeil de l’autre côté.
    Ce qu’il vit était moins spectaculaire que ce qu’il avait cru. On était pas dans un film. Cependant la situation était loin d’être idéale.

    – Capitaiiiiiiiiiiine, s’écria-t-il, je vais avoir besoin d’un autre masque !
    Quand Silver arriva derrière James en lui tendant un masque de rechange, il resta bouche bée quelques secondes. A travers la fenêtre ronde du sas, il pouvait voir qu’un rocher sombre de 5m de haut avait arraché l’arrière du vaisseau et trônait fièrement au bout du module.
    Il se maintenait sur le vaisseau grâce à quelques lambeaux de métal encore arrimés au Grappler.
    – Va soigner ton oeil, on a un problème, dit-il dans un souffle.

    A suivre…
    « Quand ça veut pas… ! », Fin